ROB MALLET-STEVENS ARCHITECTE

Editions des Archives d'Architecture Moderne

Bruxelles, 1986

L'EXIGENCE DE L'ARCHITECTURE

D. DESHOULIERES, H. JEANNEAU

 

Robert Mallet-Stevens vers 1924.

I. DE L'ECOLE SPECIALE A L'EXPOSITION DE 1925

(...)

II. 1926-1937. LES OEUVRES DE LA MATURITE

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Une villa à la campagne 

La villa à Croix, comme les autres villas à la campagne, la villa d'Hyères, le château de Mézy, est le fruit du mécénat artistique. Il s'agit donc d'un programme considérable, de la réalisation d'un petit château. La villa se réfère toujours au paysage, il lui imprime une linéarité selon une orientation privilégiée. A Hyères, la villa s'étage dans la colline, à Croix elle est plus ramassée, point de convergence d'un tracé qui ordonne toute la propriété. La maison domine les alentours.

Le soin extrême apporté à sa réalisation la fit décrire comme une maison exemplaire.

 

Vue aérienne

 

«Présentée comme une maison témoin, cette villa fut construire en 1932. Elle fut l'objet d'une étude très poussée de la part de Mallet-Stevens qui conçoit à la fois la décoration, le jardin et la maison.

A l'intérieur, le confort est obtenu grâce aux derniers perfectionnements de la technique moderne. La structure de l'édifice est déterminée par une ossature en béton armé et un remplissage de briques pleines à l'extérieur, de briques creuses à l'intérieur. Un revêtement de plaquettes de briques est appliqué en façade sur les briques pleines et le béton. Aucune de ces plaquettes n'est coupée. Toutes les saillies, tous les décrochements, tous les plans, toutes les baies sont un multiple de plaquettes, en hauteur et largeur, si bien que tous les joints tombent juste» (45).

 

La maison de Croix manifesta l'importance des architectes qui retiennent son attention à cette époque, les Hollandais et plus précisément Dudok dont il vient de visiter les réalisations à Hilversum mais aussi l'Américain Wright dont l'influence est plus sensible dans cette construction.

La villa n'en développe pas moins ses propres préoccupations, c'est la dernière oeuvre où il exploitera avec tant d'éclat le jeu de la volumétrie et son souci du détail.

 

Couverture pour "Une demeure 1934" R. Mallet-Stevens, éditions de l'Architecture d'Aujourd'hui.

 

Le renouvellement impossible 

Dans les années qui suivent la réalisation de la villa à Croix, les projets de Mallet-Stevens font preuve d'un éclectisme formel qui succède à la stricte rhétorique de la période précédente et ceci jusqu'à l'exposition internationale de 1937, dernière occasion qui lui sera donnée de se manifester publiquement.

Il est possible que la crise économique qui touche aussi les commanditaires habituels de Mallet-Stevens - industriels ou artistes - en imposant l'austérité à tout le pays ait déclenché cette rupture importante dans l'oeuvre de Mallet-Stevens.

L'architecte de 1923 à 1932 construit pratiquement sans arrêt en cherchant à développer le langage formel qu'il s'est donné, à l'affiner de plus en plus, à développer ses qualités - évolution très sensible si l'on rapproche la villa à Hyères de la villa à Croix.

Lorsque cette production jusqu'alors continue s'interrompt, il peut alors remettre en cause, non dans son fondement mais plutôt dans la clôture qu'il implique, le langage architectural qui l'animait. La sortie du cadre de la maison pour mécène, à la fois voulue par Mallet-Stevens et imposée par les circonstances externes le conduira à se confronter aux programmes les plus variés, principalement à travers les concours publics et les recherches présentées aux salons et expositions.

La plupart de ces projets ne se réaliseront pas, la commande publique ne viendra pas suppléer au mécénat privé, à part la caserne des pompiers en 1935 et les bâtiments éphémères à l'exposition de 1937.

Les directions principales qui ressortent des dernières recherches de Mallet-Stevens se regroupent autour de trois thèmes : l'habitat collectif en dehors de la standardisation à outrance, les équipements urbains et principalement les musées, l'emploi de techniques nouvelles.

Construite dans le même temps que la villa à Croix, la villa de monsieur Trappenard à Sceaux est pour Mallet-Stevens le type de la petite maison en banlieue. Le bâtiment ne possède qu'un étage dont une partie repose sur des pilotis, du côté rue une longue fenêtre en bande court tout le long de la façade. La réduction de son vocabulaire architectural à ces éléments « essentiels » le rapproche du style international qui a maintenant gagné toute l'Europe.

(...)

Dessin publié dans le Répertoire du Goût Moderne, 1929. Perspective pour la hall.

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note :

45 : in A.A. n°8, 1932.

 

Crédits photographiques : Archives d'Architectures Moderne

 

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