Les récentes évolutions du dossier (1er semestre 2003)
Avant même la remise du rapport Rémond le 17
novembre 2003, l'Etat s'interrogeait déjà, dans le cadre de la
décentralisation, sur le bien-fondé de conserver la villa dans son
patrimoine... Après la lettre reçue par l’Association en décembre 2002, et
notre poisson d’avril « à vendre », plusieurs articles de presse évoquent
ce probable désengagement de l’Etat…
Pendant ce temps, l’Etat prépare le lancement d’une
première tranche de travaux pour le clos et le couvert, mais le projet culturel
de réutilisation reste d'un flou artistique complet…
Notre
sélection d'articles :
Lire
aussi : le Ministère de la Culture nous informe de son intention de "trouver un repreneur"...

La
Voix du Nord du 16 avril 2003 (édition "Roubaix")
Richard
Martineau (Directeur Régional des Affaires Culturelles N-PdC : "Je ne vois pas
pourquoi la villa serait déconnectée de l'ensemble du patrimoine national. Avec
la décentralisation, l'Etat s'interroge sur le bien-fondé de conserver
l'intégralité de son patrimoine"
[...]
"Le courrier exprime
une intention, non une décision. L'Etat tient ses engagements, y compris dans
la perspective de Lille 2004, avec le recrutement début 2002, d'un architecte
en chef des monuments historiques, Michel Goutal. Je savais que la villa ne
serait pas prête pour accueillir une exposition, mais elle sera en partie
visible au public, qui découvrira alors dans une présentation minimaliste, la tranche verticale
centrale, le porche d'entrée, le hall, le grand salon traversant, qui aura
retrouvé son volume d'origine, et le belvédère".

La
Voix du Nord du 24 avril 2003 (page "Région")
Extrait de la Voix du Nord du samedi 7 juin 2003,
page 2, "Région",
article
: J.-J. Aillagon : "L'Etat tiendra ses engagements" /
entretien, propos recueillis par Jean-Marie Duhamel et Bruno Vouters
A six
mois de Lille 2004, le ministre de la Culture et de la Communication
confirme
son soutien financier au grand projet lancé dans la région
[...]
différentes questions et réponses d'ordre
général [...]
- Rénovation de la Villa Cavrois, à Croix, réouverture de
l'opéra de Lille, êtes-vous prêt à soutenir et accélérer ces projets ?
J.-J. Aillagon : "Oeuvre importante de Mallet-Stevens, classée parmi les
monuments historiques, la villa Cavrois a été acquise par l'Etat, pour empêcher
sa ruine complète, le 25 juillet 2001, pour un montant de 7,5 MF (1,14 ME),
avec les parties les plus importantes de son ancien parc. Des travaux de
sauvegarde ont rapidement été menés, sous la direction de Pierre Cusenier,
architecte des Bâtiments de France, et une étude préalable a été remise par
Michel Goutal, architecte en chef des monuments historiques, pour la restauration
complète de ce monument.
Cette opération
bénéficiera, dès 2003, d'un premier financement, d'un montant de 2 ME. Elle
figure au nombre des travaux retenus au titre du projet de loi de programme sur
le patrimoine monumental, pour 5,4 ME. Si l'Etat n'a pas nécessairement
vocation à conserver, à terme, cet édifice au sein de son patrimoine, sa
détermination à assurer sa sauvegarde et sa restauration, dans le cadre d'un
projet de réutilisation culturelle qui reste largement à bâtir, ne peut donc être
mise en cause. Elle s'intègre dans le cadre d'une politique plus globale menée
depuis quelques années en faveur de la connaissance, de la protection, de la
conservation et de la mise en valeur du patrimoine architectural du XXe siècle.
"
[...]
LE FIGARO - 5 juin 2003
DECENTRALISATION Quelque 140 monuments historiques de l'Etat
seraient cédés aux collectivités
La grande
"braderie" du patrimoine
Anne-Marie Romero [05 juin 2003]
Le cairn de Barnenez, le château de Chaumont-sur-Loire, Aigues-Mortes, l'abbaye
de Jumièges, celles de Silvacane et du Thoronet, le château d'If...
Quarante-deux à cinquante-cinq monuments historiques appartenant à l'Etat
devraient être cédés aux collectivités. Décentralisation oblige (voir nos
éditions du 27 avril). Le Figaro a pu se procurer la liste de ce grand
démantèlement du parc national protégé, une liste encore provisoire, adressée
la semaine dernière, dans la plus grande discrétion, aux 22 conservateurs
régionaux des monuments historiques, pour consultation.
L'Etat est propriétaire de quelque 400 monuments historiques, dont 87
cathédrales, 117 sites ouverts à la visite et gérés par Monum (ex-Caisse des
Monuments historiques) et environ 200 fermés ou dotés d'une autre gestion.
Oublions les cathédrales; elles ne sont pas concernées par la décentralisation,
sauf celle d'Ajaccio, déjà cédée à la collectivité corse.
Seuls seraient touchés environ la moitié des monuments de Monum et 88 monuments
dépendants d'un autre statut. Comme la fameuse Villa Cavrois de Mallet-Stevens, dans la banlieue de Lille, dont le
rachat par le ministère de la Culture avait été très médiatisé il n'y a pas
même trois ans. Notre confrère "La Voix du Nord" avait été bien
inspiré en publiant, le 1er avril, la photo-montage d'un panneau indiquant
"A Vendre" devant la villa-paquebot à l'abandon...
Selon cette première proposition, Monum se dessaisirait donc d'au moins 42
sites, dont voici la liste présentée ci-contre* (incomplète, car la
sous-direction de l'Archéologie n'a pas communiqué son avis sur la plupart des
grottes de la vallée de la Vézère).
Restent
quelques "interrogations". La maison de George Sand à Nohant, le palais de
Jacques-Cœur à Bourges, les châteaux de Chaumont et de Châteaudun, la villa
Savoye de Le Corbusier à Poissy, le château de Maisons-Laffitte, la Villa Cavrois, le fort de Salses, Aigues-Mortes,
l'abbaye de Jumièges, le château d'Oiron, les abbayes du Thoronet et de
Montmajour et la place-forte de Mont-Dauphin par exemple.
Parmi les 200 monuments que Monum ne gère pas, l'Etat pourrait notamment
transférer la propriété du château de Kerjean, en Bretagne, de l'hôtel
Renan-Scheffer (Musée de la vie romantique), des portes Saint-Denis et
Saint-Martin et de l'obélisque de la place de la Concorde, à Paris, du champ de
bataille de Vauquois en Lorraine, de Château-Gaillard et d'Oradour-sur-Glane.
On parle de cession aux collectivités territoriales, mais lesquelles? Le 12
avril, Jean-Jacques Aillagon déclarait au Figaro son intention de proposer le
patrimoine d'abord aux maires, puis aux conseils généraux et en dernier lieu
aux régions. Il semblerait plutôt aujourd'hui que les trois niveaux de
collectivités se voient conjointement proposer le transfert de propriété, la
décision revenant, en dernier ressort, au préfet de région.
Dans l'ensemble, on ne se bousculera pas. Nombre de maires ont déjà fait savoir
qu'ils ne voulaient pas de cette charge supplémentaire. Bien que la Direction
du patrimoine ait promis un "accompagnement budgétaire", l'Etat ne
rembourse en effet que 50 % des travaux sur les monuments qui ne lui
appartiennent pas. Va-t-on changer la loi de 1913 pour soutenir l'"action
territoriale"? Quand on sait que les restaurations lourdes passent
obligatoirement par des architectes-en-chef – qui sont rarement les moins-disants
– on comprend l'inquiétude des élus.
Ils sont aussi dans une expectative politique. A moins d'un an des élections
régionales, quel édile prendra le risque de devenir propriétaire d'un monument
classé sans savoir sur qui il pourra compter dans son prochain conseil
régional?
La plupart des départements restent pour l'instant silencieux. De rares
présidents de région, en revanche, sont montés au créneau dès l'annonce de la
décentralisation, fin 2002. Notamment Michel Vauzelle, pour la région Paca, et
Valéry Giscard d'Estaing, pour l'Auvergne. Tous deux réclament leur patrimoine.
Ils considèrent la région comme le seul échelon ayant les reins assez solides
pour assumer tous les monuments et corriger les disparités de fortune entre
départements et communes.
Nul doute que cette distribution gratuite donnera aussi lieu à quelques
tractations. Ainsi pour le château d'If que réclament le maire de Marseille,
Jean-Claude Gaudin, et le président Vauzelle. Malgré les 15 millions d'euros de
travaux urgents à y réaliser... Quant aux monuments dont personne ne voudra,
que deviendront-ils? Resteront-ils propriété de l'Etat?
Une commission scientifique va être nommée pour valider l'immense marchandage à
venir. Mais déjà des professionnels du patrimoine s'étonnent: les grands principes
sur lesquels devaient se faire la répartition, définis par Jean-Pierre Bady
dans son rapport de novembre, ne semblent pas tout à fait respectés. Les sites
d'"intérêt national" étaient censés demeurer dans le giron de l'Etat.
Pourquoi, dans ce cas, conserver Silvacane et pas Le Thoronet, la maison de
Clemenceau et pas Oradour-sur-Glane ni le champ de bataille de Vauquois,
Pierrefonds et pas Château-Gaillard?
* La carte de la
décentralisation des monuments n'est disponible que dans l'édition imprimée du
Figaro.
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