Le premier "Poisson d'avril" de l'Association, en 1995
avec la complicité de Nord Eclair


Croix - samedi 1er avril 1995
A Beaumont
UNE PLAQUE EN L'HONNEUR DE MALLET-STEVENS
Ce samedi, à 11 h, à l'occasion du cinquantenaire de la mort de l'architecte "art déco", l'association de défense rebaptisera l'avenue dans laquelle la célèbre villa a été construite.
Le sort de l'unique monument historique de la commune n'est toujours pas scellé. Bien que classée depuis bientôt cinq ans et objet de premiers travaux de protection (financés par le ministère de la culture), la villa Cavrois attend toujours des jours meilleurs. En premier lieu, elle recherche un nouveau propriétaire, qu'il s'agisse d'une collectivité publique (ou de plusieurs) ou d'un mécène. Pourquoi pas ! Dans un deuxième temps, il faudra dégager les financements nécessaires pour la restaurer, lui rendre son éclat d'autrefois et lui donner une nouvelle vocation, culturelle principalement. L'"autrefois" remonte, rappelons-le, au début des années trente. Pour le compte d'un industriel, l'architecte Robert Mallet-Stevens avait "commis" cette habitation extravagante, étonnant témoignage de l'époque "art déco", fol exercice de style sur les thèmes de la modernité, de la pureté des lignes géométriques, de la luminosité et de l'espace. Qu'on aime, ou pas, on ne peut que reconnaître l'œuvre architecturale qu'elle représente. Depuis quelques années, une association de défense et de sauvegarde s'est constituée. Avec peu de moyens, mais beaucoup de passion et de conviction, elle se démène pour que la villa "paquebot" ne sombre pas dans l'oubli... et la ruine. Ce samedi, à 11 h, en hommage à Robert Mallet-Stevens, mort il y a cinquante ans, elle rebaptisera l'avenue qui est aussi l'adresse de son œuvre. Personnalités et amateurs ont rendez-vous devant la villa.
Cette année, on le sait, l'Association de sauvegarde de la Villa Cavrois a décidé d'attirer l'attention des autorités sur le sort de cette demeure, classée monument historique en 1990 mais dont l'avenir reste plus que jamais incertain. En guise de vœux, cette association, basée tout naturellement à Croix, a adressé aux responsables de la culture une carte postale destinée à attirer leur attention sur ce témoignage architectural en péril. Personne n'a été oublié : ni M. Jacques Toubon, le ministre, ni Mme Maryvonne de Saint-Pulgent, directrice du patrimoine à Paris, ni M. Roger Barrié, directeur régional des affaires culturelles, ni Jacques Donnay, le président du conseil général, ni Pierre Mauroy, président de la Communauté urbaine, ni Marie-Christine Blandin, présidente du conseil régional... Tous manifestent, ou ont manifesté, de I'intérêt pour le monument croisien. Mais, sans passage à l'acte... Cette carte de sensibilisation a connu un certain écho.
Ce samedi, l'Association a décidé de frapper de nouveau. Il faut dire que l'année s'y prête : Robert Mallet-Stevens est mort il y a cinquante ans, en 1945. Et M. Eric Laurent, le président, juste avant de dévoiler la nouvelle plaque, ne manquera pas de rappeler la biographie de cet homme, fils d'un expert en tableaux, né à Paris en 1886.
Architecte et décorateur
Sorti premier de l'école spéciale d'architecture en 1906, Robert Mallet-Stevens a réalisé sa première construction à Hyères : la villa du vicomte de Noailles. Son œuvre architecturale et décorative apparaît très diversifiée : des décors de films (L'inhumaine et Le Vertige de Marcel Lherbier, en 1924 et 1926) ; une participation a I'exposition internationale des arts décoratifs où il présente le pavillon du tourisme, le hall d'une ambassade française, le pavillon pour le syndicat d'initiative de Paris, le jardin avec des arbres en béton... ; la réalisation en 1926 et 1927 de la rue Mallet-Stevens (où le comédien Claude Piéplu habite)...
A vrai dire, il n'est guère d'élément du décor urbain ou "domestique" qui ait échappé à son inspiration : mobilier, garage automobile, station service, magasin, hôtel, restaurant, caserne de pompiers, maisons...
Dans la région, et même à l'étranger, on connaît bien sûr la villa Cavrois -réalisée, elle, en 1931 et 1932. C'est, dit-on, l'œuvre la plus aboutie de Mallet-Stevens, et, en tout cas, sa dernière commande privée.
Sensibiliser les autorités
Cette vie, durant laquelle le dandy qu'il était a côtoyé nombre d'intellectuels et artistes célèbres (Léger, Cocteau, Le Corbusier, Ravel...) aura été jalonnée de projets, d'ouvrages, d'articles, de conférences, d'expos, de voyages... Il a aussi enseigné. A Paris bien sûr, mais aussi à Lille, à l'école d'architecture (pendant quatre ans).
C'est après avoir rappelé les grandes dates de la vie et de l'œuvre de Robert Mallet-Stevens que M. Laurent dévoilera la plaque. Il caresse bien sûr l'espoir d'attirer, une fois de plus, I'attention des autorités de la culture invitées à participer à cette cérémonie.
B. KRIEGER

Cette semaine, les responsables de l'association, MM. Eric Laurent, Richard Klein et Matthieu Hazard, entourés d'amis et d'amateurs, ont repéré les lieux et procédé à une répétition en prévision de la cérémonie de ce samedi où l'on attend du monde et notamment des représentants haut placés de la culture locale et régionale (photo Guy Sadet).
mais, dès le lendemain...

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