Le "Poisson d'Avril" 1997 de l'Association,

avec la complicité de Nord Eclair

 

" FÊTONS NOS CRÉATIONS ! "

Hier, précipitamment et dans la plus grande discrétion,

la villa Mallet Stevens a été dynamitée. L'association de sauvegarde annonce,

d'ores et déjà, son intention de porter plainte devant l'UNESCO.

Quelques jours après que les architectes de la région Nord Pas-de-Calais se soient réunis à Lille au cours de leur manifestation annuelle "Fêtons nos créations", une bien triste nouvelle vient de tomber : la villa Cavrois, de Mallet-Stevens, construite en 1932 dans le quartier de Beaumont, superbe témoignage de l'époque "art déco", vient d'être détruite précipitamment, selon la technique dite de l'implosion. Et cela dans la plus grande indifférence, tant des politiques que des "professionnels de la profession" régionaux.

On croit rêver et bien non ! Le récent soutien de trente des plus grands architectes contemporains à l'association de sauvegarde (notre édition des 9 et 10 mars) n'aura pas suffit à réveiller la passivité ambiante.

Mais, fait remarquer l'association, il est vrai que ces derniers n'avaient pas été conviés à la soirée de remise des beffrois d'or, trophées remis lors de la cérémonie. On murmure déjà, non sans ironie, que l'an prochain une nouvelle catégorie sera primée lors de la manifestation annuelle des architectes : elle visera à récompenser une frange méconnue de professionnels du bâtiment : les démolisseurs. Le trophée remis pour honorer la meilleure destruction d'œuvre architecturale sera une "villa d'or", hommage posthume à ce chef d'œuvre incontesté aujourd'hui anéanti.

Y aura-t-il une copie ?

Ce rebondissement soudain dans l'épais dossier du "paquebot jaune" remet désormais en question la procédure d'expropriation qui se mettait timidement en place depuis peu. L'actuel propriétaire du terrain aurait d'ores et déjà annoncé son intention de reconstruire une copie à l'identique du monument historique soufflé par la puissance des barres de dynamite, sorte de clone "architecturalement correct", future pièce maîtresse d'un parc d'attractions sur le thème de l'architecture. Ce projet, soutenu par les instances représentatives de cette profession au niveau régional, pourrait réunir une grande majorité des projets avortés conçus durant la récente et faste période de la candidature de Lille à l'organisation des Jeux Olympiques de 2004. La dynamique et compétente équipe de "Lille 2004", aujourd'hui en chômage technique, a annoncé son intention de se restructurer afin de mener à bien dès demain les études de faisabilité et de programmation pour ce futur équipement.

L'association de sauvegarde de la villa Cavrois a, quant à elle, annoncé sa dissolution immédiate. Elle y procédera dès qu'elle aura déposé plainte devant l'Unesco, pour destruction du patrimoine de l'humanité.

 

C'était hier, dans le secret le plus absolu, la villa a été dynamitée. Les restes du "monument historique" sont encore visibles aujourd'hui mais doivent être enlevés très rapidement.

 

Et le lendemain... :

 

Villa Mallet-Stevens : toujours debout bien sûr !

Drôles ou pas drôles, des "coquilles" se glissent parfois dans les papiers ou dans les titres. Dans le feu de l'action, le journaliste fait une faute et personne ne la voit... Il arrive aussi que l'inverse se produise : un jeu de mot voulu est malencontreusement corrigé par quelqu'un qui croyait bien faire. C'est ce qui est arrivé à l'occasion du reportage sur la villa Mallet-Stevens... Le "Pétons nos créations !", imaginé par l'association de sauvegarde de la villa Cavrois, en clin d'œil à une récente manifestation, s'est transformé en Fêtons nos créations !"... Mais que serait un journal sans ses "coquilles" ?

Ah oui, au fait, on allait presque l'oublier : c'était une blague. Si elle n'est toujours pas restaurée, la villa de l'avenue Kennedy, dans le verdoyant quartier de Beaumont, est bel et bien toujours debout. Là encore, la photo truquée et le texte ont été "fabriquée" par l'association. Il ne manquait plus que la complicité de notre journal pour en faire profiter les Croisiens, nos lecteurs des villes environnantes et les autorités et responsables en charge de ce dossier. Ces derniers étaient bien sûr visés. Gentiment. L'association, on l'a déjà dit, s'efforce d'entretenir la flamme, de faire en sorte que la villa classée monument historique ne sombre pas dans l'oubli. Aux démarches sérieuses, on s'en est déjà rendu compte, elle sait aussi ajouter la touche d'humour... [...]

Nord Eclair / Clic-Clac / Croix / 2 avril 1997.

 

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