Novembre-Décembre
2003
LE
RAPPORT
REMOND :
Dans
le
cadre de la Décentralisation, un
« transfert
souhaitable » de propriété
à une
collectivité territoriale
A lire
sur cette
page :
la
position de
l’Association, le discours du Ministre de la Culture,
le rapport Rémond et une sélection
d’articles parus
dans la presse
locale :
Le 17
novembre
2003, Monsieur René Rémond, président
de la
Fondation nationale des sciences
politiques, remettait à Jean-Jacques Aillagon, ministre de
la
Culture, un rapport
visant à définir les critères
permettant de distinguer,
parmi les 400 monuments historiques appartenant à l'Etat et
affectés au
ministère de la culture et de la communication, ceux qui
devraient rester
propriété de l'Etat, de ceux qui pourraient
être
transférés, en pleine
propriété, aux collectivités locales.
L’Association
de Sauvegarde
de la Villa
Cavrois a procédé à une lecture
attentive du
rapport. Elle y relève des
contradictions entre les critères
énoncés dans le
corps du rapport pour un
maintient dans le patrimoine de l’Etat, et ses conclusions,
qui
classe la villa
de Mallet-Stevens parmi les monuments pouvant faite l’objet
d’un « transfert
souhaitable ».
En
effet, en page
4 du rapport, on peut lire
« deuxième
critère en faveur de l’attribution à
l’Etat : la notoriété
internationale
et le rayonnement qui font d’un monument un
élément
du patrimoine européen ou
universel ».
Il
paraît utile
de rappeler que notre Association a recueilli le soutien
d’une
trentaine parmi
les plus grands architectes ou critiques mondiaux qui reconnaissent la
villa
Cavrois comme une œuvre majeure du patrimoine moderne
international.
On
pourrait
aisément multiplier les exemples attestant la
notoriété internationale de la
Villa Cavrois :
-l’article
de
Bernard TOULIER paru aux éditions du patrimoine dont le
titre
est, déjà à
lui–seul, évocateur :
« La villa
Cavrois : une référence internationale
pour l’architecture du
mouvement moderne » ;
- la
présence en
bonne place de la villa Cavrois dans le premier rapport mondial sur le
patrimoine en péril élaboré par
l'ICOMOS, aux
côtés de sites très
prestigieux…
(Cf carte publiée par le quotidien Le Monde du 13 mars
2001,) ;
-enfin,
la
première phrase du rapport de présentation du
projet de
restauration du clos et
du couvert de Michel GOUTAL,
Architecte en Chef des Monuments Historique : « La
villa
Cavrois (...)
constitue l'œuvre la plus achevée de Robert
Mallet-Stevens
et connaît dès sa
construction, achevée en 1932, une notoriété
nationale qui atteint
aujourd'hui un
niveau international. » ;
En
page 5 du
rapport, on peut lire : « il
nous a paru essentiel pour
la clarté de la
politique en matière de conservation de patrimoine que la
liste
des monuments
qui lui resteraient confiés ne se limite pas à
ceux que
recommande leur
ancienneté : il a aussi la
responsabilité des
âges les plus récents. »
Or la
Villa
Cavrois est quasi contemporaine de la Villa Savoye, qui est, quant
à elle,
citée explicitement dans le rapport et qui devrait demeurer
à l’Etat. Cet
argument ne devrait-il pas aussi valoir en faveur de la Villa
Cavrois ? La
Villa Savoye ne serait-elle que la « bonne
conscience XXème
Siècle » de l’Etat quand on
constate par
ailleurs qu’il y a finalement
assez peu de monuments issus de cette période dite
« récente » dans
la liste des monuments que l’Etat souhaite conserver dans son
patrimoine…
Toujours
en page
5 du rapport, on peut lire : « le
même souci
d’affirmer cohérence et
continuité de la volonté politique a fait
maintenir dans
le domaine de l’Etat
des monuments ou des sites pour lesquels il a consenti
d’importants moyens
financiers ou qu’il a acquis récemment. Agir
autrement
n’eût pas été rendre
justice à ses efforts ou eût donné
à penser
qu’il se déjugeait. »
Est-il
bien
nécessaire de rappeler que la Villa Cavrois n’a
été acquise par l’Etat qu’au
mois de juillet 2001 ?
Enfin
page 7, on
peut relever : « pour
quelques monuments en fort
mauvais état ou
dont le délabrement requérait un effort financier
important le principe de
précaution nous a dicté de les laisser
à la charge
de l’Etat. »
Vu le
montant des
travaux déjà investis par votre
ministère dans la
Villa Cavrois (dont il ne
faut cependant pas oublier qu’il ne représente
guère qu’à peine 5 % du coût
d’un échangeur autoroutier de
complexité courante)
alors que ceux-ci ne concernent
ni la restitution du mobilier, de la polychromie, et des
équipements, ni le
projet culturel proprement dit, il semblerait qu’un effort
financier
complémentaire important soit encore requis.
Aussi,
alors
qu’il nous semblait que tous les critères
militaient en
faveur d’un maintien de
la villa Cavrois dans le patrimoine de l’Etat, avons-nous
donc
été
particulièrement surpris de constater, qu’au
contraire,
celle-ci était classée
dans la rubrique « transfert
souhaitable ».
Devant
cette
apparente contradiction, nous avons adressé au Ministre (en
date
du 24 novembre
2003) un courrier l’invitant à nous
éclairer sur la
teneur des débats tenus au
sein de la commission au sujet de la Villa Cavrois, pour
connaître les raisons
objectives qui ont conduit à leur conclusion et pour
l’interroger sur la forme
de l’intervention de l’Etat en cas de transfert
effectif de
l’édifice à une
collectivité, tant en ce qui concerne la garantie de
poursuite
des travaux
(gros œuvre et intérieur) que la participation
(aussi bien
financière que
technique) à l’élaboration du
nécessaire
projet culturel de réutilisation.
Cela
dit,
l’Association de Sauvegarde considère
d’un œil
égal la conservation dans le
patrimoine de l’Etat ou le transfert à une
collectivité locale du moment qu’un
projet ambitieux de réutilisation de
l’édifice soit
bâti et financé.
Or
force est de
constater qu’aucune collectivité n’a,
à notre
connaissance, concrétisé de
volonté particulière de se rendre
propriétaire de
la Villa Cavrois, fût-ce
moyennant l’euro symbolique, afin d’y mener
à bien
un projet culturel
d’envergure.
Notre
inquiétude
demeure donc qu’après une campagne de restauration
du clos
et couvert de
l’édifice, ce dernier ne retombe dans une
déshérence qui lui serait alors
vraisemblablement fatale.
Communiqué
et Discours
du Ministre (extraits du site du ministère)
:
Communiqué
lundi 17 novembre 2003
Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la culture et de la communication, reçoit aujourd’hui les conclusions de la mission qu’il a confiée à René Rémond, Président de la Fondation nationale des sciences politiques, le 23 juillet 2003.
Jean-Jacques Aillagon a chargé René Rémond de proposer, avec le concours d’une commission, composée d’élus, d’universitaires et de spécialistes du patrimoine, les critères qui permettront d’établir qu’un monument appartenant à l’Etat a vocation à demeurer la propriété de celui-ci.
Le projet de loi relatif aux responsabilités locales, actuellement en discussion au Parlement, prévoit , en effet, le transfert à titre gratuit, aux collectivités locales qui en feront la demande, de la propriété d’un certain nombre des monuments historiques appartenant aujourd’hui à l’Etat et affecté au Ministère de la culture et de la communication. Un décret en Conseil d’Etat fixera la liste des monuments qui seront ainsi proposés.
Le rapport remis par René Rémond identifie un certain nombre de critères justifiant le maintien de certains édifices à l’Etat : appartenance à la mémoire de la nation, rayonnement européen ou international, conservation particulièrement délicate. René Rémond a ainsi suggéré que 136 édifices demeurent la propriété de l’Etat et estime à 162 le nombre de ceux qui peuvent être transférés.
Ce rapport fera l’objet d’une large diffusion et le ministre examinera les observations qui seront formulées, notamment par les élus, avant d’arrêter définitivement la liste des édifices susceptibles d’être transférés.
Discours
Remise du Rapport de René Rémond
Discours de Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la culture et de la communication
lundi 17 novembre 2003
Mesdames, Messieurs,
Vous le savez, le projet de loi de décentralisation prévoit le possible transfert de monuments historiques appartenant à l’État et confiés au ministère de la Culture et de la Communication, aux collectivités qui en feraient la demande, si celle-ci est justifiée par leurs capacités et leur engagement à l’égard de tel ou tel monument. Le ministère de la Culture est propriétaire, en tous cas pour ce qui concerne la Direction de l’Architecture et du Patrimoine, de 442 monuments historiques qui forment un ensemble extrêmement divers constitué parfois de façon cohérente et systématique. Cela vaut pour les anciennes résidences royales par exemple, restées propriété de la Nation, ou pour les cathédrales (au sens canonique du terme) au moment de la séparation de l’Église et de l’État, c’est-à-dire des églises/cathédrales ayant gardé une fonction épiscopale. Mais cet ensemble s’est également constitué de façon hasardeuse, accidentelle, ce qui fait que l’ensemble de ces 442 monuments constitue aujourd’hui un tout hétéroclite. Il convenait donc, avant que le décret en Conseil d’État ne fixe la liste des monuments historiques transférables et celle des monuments ayant vocation à rester la propriété de l’État, de réfléchir aux critères justifiant ce partage entre les uns et les autres. Il est bien entendu que ce transfert de propriété possible n’altère en aucune façon la responsabilité de l’État à l’égard des monuments du fait de leur caractère de monument historique. Aujourd’hui, la plus grande partie des monuments historiques n’appartient pas à l’État, mais à des collectivités locales ou des propriétaires particuliers, et l’État n’est pas pour autant moins responsable de ces monuments-là. S’il y a transfert de propriété, l’État continuera donc de protéger ces monuments, d’assurer la maîtrise d’œuvre sur les travaux dont ils font l’objet à travers la mission des architectes des Bâtiments de France et des architectes en chef des monuments historiques. Il continuera de concourir au financement des travaux qui y sont programmés comme il le fait pour l’ensemble des monuments historiques qui lui appartiennent ou non. Il ne s’agit surtout pas, comme certains se le sont imaginé, de programmer une sorte d’abandon d’une partie du patrimoine historique protégé.
C’est donc dans ces conditions, déterminées par les objectifs de la loi de décentralisation, que j’ai confié, le 23 juillet dernier, une mission de réflexion et de proposition à René Rémond, Membre de l’Institut, Président de la Fondation nationale des Sciences Politiques. Mr Rémond a constitué une commission réunissant des élus, des experts du patrimoine, des universitaires, de façon à rassembler le plus grand nombre de points de vue autorisés et de compétences, en vue de définir des critères de la façon la plus objective possible, même si dans ce registre où la symbolique et l’émotion ont une part très importante, il soit parfois difficile de présenter une objectivité totale. Je remercie René Rémond et les membres de sa commission pour leur célérité et la qualité de leurs conclusions. Le rapport de la commission m’a été remis ce matin. A l’issue de cette remise, j’ai pu engager un premier débat avec la commission. Ce rapport sera envoyé aux préfets, aux présidents des Conseils régionaux et généraux, aux présidents des associations d’élus. Les réactions que ce rapport suscitera au cours des prochains jours et semaines nous permettront d’affiner ces critères, parfois d’en vérifier l’efficacité quand il s’agira de les appliquer à la situation de tel ou tel monument. Ces réactions et l’excellente base du rapport nous permettront d’ici le début de l’année prochaine, d’arrêter de façon définitive la liste des monuments qui ont vocation à être transférés et ceux qui ont vocation à rester propriété de l’État. Pour ce qui est du transfert, je dois vous dire qu’il ne pourra se faire que sur la base d’une demande d’une collectivité. Il ne s’agit en aucun cas d’un transfert autoritaire. Il faudra vérifier la capacité de ces collectivités à réellement prendre en charge le monument, et parfois arbitrer entre les demandes concurrentes de différentes collectivités locales : la commune – le département, le département – la région, ou dans certains cas les trois à la fois. Les préfets seront appelés à jouer un rôle important dans le processus d’évaluation de la qualité, de la pertinence des demandes. Il est évident également que nous tenterons de privilégier une règle de cohérence visant par exemple à faire en sorte que des réseaux de monuments puissent être suscités dans un territoire suffisamment large. On évoquait tout à l’heure par exemple le sort des monuments antiques de la Provence ou le sort des églises romanes de cette même région, de façon à ce qu’un monument ne se retrouve pas orphelin et qu’il continue de façon dynamique de faire partie d’un réseau de monuments du même type.
Alors pourquoi ce processus ? Pourquoi la mise en œuvre de ce choix ? Tout d’abord pour assurer une plus grande cohérence à la politique de l’État en matière de gestion des monuments historiques qui lui appartiennent, et de ce fait, essayer de clarifier les missions du Centre des monuments nationaux, établissement public qui a la charge de la gestion de ces monuments.
Ensuite pour tendre à une plus grande efficacité dans la mise en œuvre des politiques publiques au service du patrimoine. Pour plus d’efficacité également dans le processus de familiarisation de nos concitoyens avec leur patrimoine. Pour renforcer les politiques locales de développement culturel patrimonial, touristique et économique, parce qu’on le sait, le patrimoine est un atout économique pour notre pays. Nous faisons le pari en effet de considérer qu’une responsabilité plus proche, plus familière, de ces monuments, permettra de les prendre en charge avec plus d’efficacité.
Les cathédrales représentent un cas particulier relativement complexe. L’État conserve une masse importante d’entre elles en raison de leur intérêt historique et monumental, mais aussi pour ne pas ébranler les dispositions de la loi de séparation de l’Église et de l’État à laquelle chacun est attaché. Cela représente 87 cathédrales, qui viennent s’ajouter aux 130 cathédrales répertoriées par le rapport. L’un des critères mécaniques avancés pour établir cette liste est le rétablissement de l’unité de gestion de certains monuments. Ainsi, à Provins, la nef de l’église Saint-Ayoul appartient à la commune de Provins tandis que l’abside appartient à l’État. Il est souhaitable de rétablir l’unité de gestion de cet édifice, d’autant que la ville de Provins est demandeur de l’attribution de la partie qui ne lui appartient pas encore. Même principe de cohérence en ce qui concerne les remparts.
Les remparts et les tours sont très souvent devenus propriété de l’État après les sièges, après que la monarchie ait réduit telle ou telle féodalité ou telle ou telle opposition. A La Rochelle, il est évident que c’est après le siège de la ville que l’État a décidé de garder les tours, tout simplement pour s’assurer la maîtrise de la ville. Il est évident que ces tours n’ont plus aucune fonction défensive et que plus aucun huguenot ne menace l’État – pour autant qu’il l’ait jamais menacé d’ailleurs. Le bon sens voudrait donc qu’on rétablisse l’unité de gestion des remparts et des tours, avec naturellement cette nuance à laquelle je suis très sensible, de la valeur symbolique très forte de la tour de Constance à Aigues-Mortes, puisque cette tour a servi pendant longtemps de lieu d’incarcération de protestants réfractaires. La résistance protestante y est d’ailleurs toujours visible à travers le message gravé dans la pierre : « Résistez ! ».
Je tiens à souligner le caractère exemplaire du travail effectué par la commission Rémond. C’est en effet la première fois dans l’histoire de ce ministère, qu’on se livre à un travail de meilleure connaissance de la situation du patrimoine historique dont le ministère a la charge. Pour l’instant, ce travail ne concerne que les monuments affectés à la Direction de l’Architecture et du Patrimoine, en particulier les bâtiments affectés à une fonction qui relève de l’État. Pour compléter ce travail, je demanderai néanmoins que soit établie de façon précise la liste complète du patrimoine historique affecté à d’autres directions. Je souscris entièrement à la recommandation qui veut que cette démarche soit appliquée aux autres ministères propriétaires de pans importants du patrimoine protégé de notre pays. Dès cette semaine, en leur adressant une copie du rapport, je demanderai aux autres ministères concernés : la Défense, l’Intérieur, la Santé, l’Éducation nationale, la Justice, d’entreprendre un travail identique.
Je souscris également à la recommandation d’engager, en sens inverse, un travail de réflexion sur un engagement plus appuyé de l’État en faveur de monuments qui appartiennent à des communes et qui ont un caractère de monument national. Nous rappelions qu’au moment de la séparation de l’Église et de l’État, il était décidé que les cathédrales deviendraient propriété de l’État, et les églises paroissiales propriété des communes. Or à ce moment-là, compte tenu notamment des initiatives de la Révolution, un certain nombre de cathédrales de l’Ancien Régime et parfois des édifices majeurs, avaient cessé d’exercer la fonction canonique de cathédrales. C’est le cas à Senlis, Noyon, Laon, Toul, Auxerre, c’est le cas pour tous les anciens évêchés du sud-ouest : Condon où pourtant Bossuet a été évêque, Lombez, Rieux-Volvestre, Arles dont l’église Saint Trophime n’est qu’une église paroissiale. Il y aurait lieu de s’interroger sur ce possible retournement de situation, sur une nationalisation de ces édifices avec naturellement, l’accord des collectivités locales, même si j’en vois peu se dérober à cette démarche d’un engagement plus marqué de l’État.
Je souhaiterais vous faire une proposition, Mr le Président. Accepteriez-vous de mobiliser votre commission pour une deuxième phase de ce travail, à savoir définir les monuments n’appartenant pas à l’État mais ayant un caractère de monument national et pouvant ouvrir droit à une intégration dans la liste du patrimoine historique appartenant à l’État ?
Il est vrai qu’il nous faut penser à chaque instant à l’avenir et au développement de notre Centre des monuments nationaux, établissement public chargé de la gestion des monuments historiques qui appartiennent au ministère de la Culture. Le transfert de propriété de tel ou tel monument à telle ou telle collectivité locale modifiant le périmètre de notre patrimoine historique, devra également reconditionner les équilibres financiers et les objectifs de travail de ce Centre . Nous y travaillons avec son président, qui, dès la remise du rapport, a pris soin d’en analyser les recommandations et d’en imaginer les conséquences positives dans certains cas, négatives dans d’autres, pour son établissement. Ce sera un des chantiers qui devra être pris en compte dans la mise en œuvre de ces mesures.
Le
texte
intégral du Rapport Rémond :
Rapport
de
la commission présidée
par M.
René Rémond
Président de
la Fondation nationale
des sciences
Politiques
à
Jean-Jacques
Aillagon,
Ministre
de la culture et
de la
communication
le lundi 17 novembre 2003
Liberté
Egalité Fraternité
République
Française
Ministère
de la Culture et de la
Communication
Paris, le 17
novembre 2003
Par lettre de
mission en date du 23 juillet 2003, j'ai demandé
à
Monsieur René Rémond,
Président de la Fondation nationale des sciences politiques,
de
réfléchir aux
critères permettant de distinguer, parmi les 400 monuments
historiques
appartenant à l'Etat et affectés au
ministère de
la culture et de la
communication, ceux qui devraient rester
propriété de
l'Etat, de ceux qui
pourraient être transférés, en pleine
propriété, aux collectivités locales.
Le rapport, rendu
public aujourd'hui, constitue, en tous points, un document
précieux, puisqu'au
delà de la doctrine établie, s'y trouvent jointes
des
propositions, soit de
conservation à l'Etat, soit de transfert, en regard de
chaque
monument examiné.
L'objectif est de
confier aux collectivités la pleine
responsabilité des
monuments qui
participent avant tout d'une logique territoriale, et
d'améliorer leur mise en
valeur dans le cadre d'une gestion de proximité. Ce projet
est
un des axes du
plan national pour le patrimoine, que j'ai
présenté en
Conseil des ministres le
17 septembre dernier.
L'Etat doit quant
à lui continuer d'être chargé de la
conservation et
de la mise en valeur de ces
monuments qui sont associés à des
événements majeurs de notre histoire
nationale, et de ceux dont la notoriété
dépasse
nos frontières et qui
participent à l'image de la France dans le monde.
Je souhaite
donner au rapport de René Rémond une large
diffusion et
examiner cas par cas
toutes les observations qui seront formulées, notamment par
les
élus, avant
d'arrêter la liste des monuments dont le transfert sera
proposé.
Cette liste sera
définitivement arrêtée par un
décret en
Conseil d'Etat après le vote de la loi
relative aux responsabilités locales dont une disposition
prévoit le transfert
à titre gratuit, aux collectivités locales qui en
feront
la demande, de
certains monuments historiques appartenant à l'Etat.
L'Etat remettra
aux collectivités locales, avec les monuments
proposés,
les moyens humains et
financiers qu'il consacre à leur fonctionnement,
à leur
entretien et à leur
mise en valeur. De même, il soutiendra les travaux de
restauration que les
collectivités acquéreuses souhaiteront
entreprendre.
Cette démarche
doit s'analyser comme un "passage de témoin" à
des
collectivités
territoriales aujourd'hui bien armées pour assurer la mise
en
valeur de ce
patrimoine, les missions de l'Etat, en tant que propriétaire
de
monuments
historiques, étant recentrées sur le patrimoine
qui est
incontestablement
d'intérêt national et doit demeurer la
propriété de tous les Français.
Jean-Jacques
AILLAGON
Rapport
Annexes
Sommaire des
annexes
1. Lettre de
mission du 23 juillet 2003
2. Composition de
la commission et de son secrétariat
3.
Présentation des
tableaux et cartes synthétisant les avis de la commission
4. Synthèse
des
avis de la commission (tableau général des
monuments et
sites examinés)
5. Monuments et
sites dont la commission préconise la conservation par
l'Etat
(tableau)
6. Monuments et
sites dont la commission préconise le transfert aux
collectivités territoriales
7. Carte
générale
des avis de la commission
8. Avis de la
commission concernant les monuments et sites
gérés par le
centre des monuments
nationaux (tableau)
9. Carte relative
aux monuments et sites gérés par le centre des
monuments
nationaux
10.
Cathédrales
appartenant à l'Etat et dépendances (liste)
- 1 -
Monsieur
le Ministre,
La
mission que vous
m’avez fait l’honneur de me confier
et dont votre lettre en date du 23 juillet définissait la
nature
appelait deux
opérations distinctes mais liées entre elles par
le
rapport qui unit l’énoncé
d’un principe à celui de ses applications
concrètes. Dans un premier temps,
elle invitait la Commission que je préside à
mener une
réflexion sur les
critères objectifs qui peuvent fonder une
répartition
raisonnable entre l’État
et les collectivités territoriales des monuments historiques
dont votre
Ministère a la propriété et la charge.
Occasion
offerte de mettre un peu
d’ordre et d’introduire une certaine
rationalité
dans un ensemble disparate qui
s’est constitué au hasard des circonstances et est
la
résultante de motivations
diverses. Notre mission nous faisait en second lieu un devoir de nous
inspirer
des critères retenus pour formuler des propositions pour
chacun
de ces
monuments.
Il nous
est vite apparu
que l’exercice auquel nous
étions conviés se situait à la
croisée de
deux démarches différentes et avait
de ce fait une double portée. C’était
d’abord
tenter sur un terrain bien délimité
de redéfinir le rôle propre de
l’État du fait
de la nécessité de distinguer ses
fonctions spécifiques de celles des collectivités
territoriales et apporter une
contribution à une entreprise dont
l’utilité et
l’urgence sont admises de tous
: redessiner le périmètre délimitant
le territoire
propre de l’État. En second
lieu, votre recommandation de prendre en considération parmi
les
critères à
retenir la relation entre les divers monuments et sites et les
degrés de la
mémoire, national, régional, local, impliquait
que nous
dressions une échelle
qui traduirait la hiérarchie des lieux de
mémoire. Tout
au long de ses travaux
et de ses délibérations, la Commission
s’est
située à l’intersection de ces
deux
- 2 -
axes :
les propositions
qui figurent dans la liste
annexée au présent rapport en sont le fruit.
Nous
avons
opéré en plusieurs temps. Après avoir
établi
une typologie sommaire, qui avait l’avantage de regrouper
l’extrême variété des
quelque trois cents cas en un petit nombre de catégories
–
six au total -, pour
laquelle nous nous sommes inspirés des travaux
préparatoires de votre
Administration, nous nous sommes attachés à
définir pour chacune de ces
rubriques quelques principes généraux. Ce travail
accompli, des sous-groupes
ont examiné à partir des dossiers qui leur
étaient
fournis tous les cas
relevant de la catégorie dont ils avaient la charge et
préparé des avis qui ont
fait ensuite l’objet d’un examen approfondi par la
Commission en son entier et
d'une décision presque toujours prise à
l’unanimité. Les sites et monuments ont
été ventilés en trois groupes : ceux
dont la
Commission a jugé qu’ils doivent
impérativement demeurer dans le giron de
l’État ;
ceux dont le transfert lui a
paru possible ; ceux enfin dont elle a estimé que le
transfert
était souhaitable.
Dans quelques cas, il a fallu arbitrer entre certains de ces principes
généraux, sans que les dérogations
adoptées
nuisent à la cohérence de
l’ensemble de nos propositions.
Il
incombe à ce
rapport de présenter une exposition
raisonnée des critères retenus. En
référence à ce que vous disiez,
Monsieur le
Ministre, de l’intérêt qu’il y
avait à
encourager «l’implication des
collectivités territoriales dans le domaine du
patrimoine»
et considérant que
le transfert pouvait contribuer à insuffler une
âme
à la décentralisation, nous
sommes partis du principe que le transfert ne devait pas être
tenu pour une
exception ou une dérogation mais le droit commun. En
conséquence, renversant en
quelque sorte la charge de la preuve, nous nous sommes chaque fois
demandé
quelles raisons objectives pouvaient justifier que nous proposions de
laisser
le
- 3 -
monument
en question
à la charge de l’État. Cette
priorité en faveur du transfert nous a paru
d’autant plus
nécessaire que nous avons
recueilli de nombreux indices de la persistance d’un
état
d’esprit qui tend à
considérer la sortie du domaine de
l’État,
même quand celui-ci n’a pas fait son
devoir, comme une déchéance et une
rétrogradation
dans l’échelle des dignités,
alors que la décentralisation est devenue un principe
constitutionnel de notre
organisation administrative.
Une
question qui
n’était pas de notre compétence
s’est
présentée en plusieurs occasions. Nombre des
monuments
que nous avions à
examiner sont entrés dans le domaine de
l’État par
donation ou par legs. L’État
court-il le risque d’enfreindre la volonté des
donateurs
s’il les transfère à
une collectivité territoriale ? Au temps où ont
été faits ces legs et
donations, les régions n’avaient pas
d’existence,
les départements et communes
n’avaient pas la capacité que la
décentralisation
leur a conférée : la
puissance publique était toute entière contenue
dans
l’État. Qui sait si
certains donateurs n’auraient pas fait directement apport
à telle ou telle
collectivité ? La dévolution de cette
catégorie de
monuments est évidemment
subordonnée à la réponse qui sera
faite à
cette question.
Premier
élément pour déterminer ce qui doit
continuer
à
relever de l’État : ce qui fait partie de la
mémoire de la nation. Ainsi les
champs de batailles et les cimetières militaires : ceux qui
ont
versé leur sang
sur les uns ou qui reposent dans les autres venaient de la France
entière. On
pourrait du reste envisager qu’ils rejoignent ceux dont le
ministère de la
Défense a la propriété. De
même pour les
palais dits nationaux dont beaucoup
ont été les résidences des dynasties
qui ont
régné sur la France. Beaucoup de
ces monuments restent associés dans la mémoire
à
des événements ou à des actes
qui dessinent la trame de notre histoire nationale, tel celui de
Villers-Cotterêts
- 4 -
où
a
été signé l’Édit
qui en 1539 a fait
du français la
langue administrative et judiciaire de notre pays. Le fait que Paris a
été la
capitale et les fonctions associées à ce
rôle
expliquent que la proportion de
monuments que nous proposons de laisser dans le domaine de
l’État soit
notablement plus élevée en Ile de France que dans
les
autres régions. Nous
avons pensé aussi que devaient pareillement continuer
à
faire partie de ce
domaine tous les monuments qui perpétuent le souvenir de nos
discordes (ainsi
le monument dédié à la
mémoire des
généraux Clément et Thomas
massacrés au
début de la Commune de Paris, la statue du
maréchal Ney,
victime de la terreur
blanche, ou la colonne de Juillet édifiée en
l’honneur des victimes des Trois
glorieuses) ainsi que ceux qui rappellent nos gloires et dont certains
désignent le lieu où se
célèbre un culte
national comme la statue de Jeanne
d’Arc, place des Pyramides.
Deuxième
critère en faveur de l’attribution à
l’État :
la notoriété internationale et le rayonnement qui
font
d’un monument un élément
du patrimoine européen ou universel. De
l’application de
ce critère, deux
exemples dont le contraste même illustre la pertinence et la
spécificité : les
vestiges de l’Abbaye de Cluny, qui fut chef d’ordre
et dont
des centaines de
monastères diffusèrent par toute
l’Europe la
règle et propagèrent la
spiritualité, et la résidence à Ferney
de Voltaire
qui perpétue le souvenir de
sa royauté intellectuelle au temps où
l’Europe
parlait et pensait Français. Du
même principe relève le parti qui a
été pris
de laisser dans le giron de l’État
tous les sites archéologiques éponymes dont le
nom date
des âges de la
préhistoire. Peut-être peut-on rattacher
à ce
principe aussi la décision de
conserver les monuments qui sont liés à des
relations de
l’État français avec
des nations étrangères : ainsi de
l’Abbaye de
Fontevraud à cause des tombeaux
des Plantagenêt qui font de ce monument pour les Britanniques
un
lieu de leur
mémoire nationale. La même
considération a
joué pour
- 5 -
l’Obélisque
de la place de la Concorde, cadeau de
Mehemet Ali au roi de France.
Des
considérations
de nature différente ont également
milité pour le maintien dans la mouvance de
l’État.
Aux premières lignes de ce
rapport on évoquait la métaphore du territoire
pour
délimiter le champ de
compétence de l’État :
l’image ne doit pas
être entendue seulement au propre.
Il nous
a paru essentiel
pour la clarté de la politique
en matière de conservation de patrimoine que la liste des
monuments qui lui
resteraient confiés ne se limite pas à ceux que
recommande leur ancienneté : il
a aussi la responsabilité des âges les plus
récents. La liste doit manifester
cette universalité par un échantillonnage
judicieux :
cette préoccupation a
dicté en particulier le maintien dans son domaine de la
villa
Savoye. Le même
souci d’affirmer cohérence et
continuité de la
volonté politique a fait
maintenir dans le domaine de l’État des monuments
ou des
sites pour lesquels il
a consenti d’importants moyens financiers ou qu’il
a acquis
récemment. Agir
autrement n’eût pas été
rendre justice
à ses efforts ou eût donné à
penser
qu’il se déjugeait.
Considérant
que
l’État s’inscrit peut-être
davantage que
les autres collectivités dans la perspective d’une
durée longue et était de ce
fait meilleur garant de la continuité, ont
été
laissés à sa charge les sites
archéologiques que lui-même a acquis pour
constituer des
réserves à exploiter
ultérieurement.
Parallèlement
le
principe de précaution a dicté le
maintien de certains sites dont l’entretien exige des
compétences et des moyens
techniques que l’État est seul à
détenir :
ce critère s’est appliqué à
l’ensemble des grottes ornées.
C’est
de la
conjonction de ces critères, de leur
confrontation et de leur application aux cas particuliers qu'est issue
la liste
des monuments et
- 6 -
sites
dont la Commission
estime qu’ils doivent rester
dans le domaine de l’État. Dans quelques cas, ces
principes suggèrent des
solutions contradictoires et ont inspiré des propositions
qui
peuvent aller à
l’encontre des règles
générales que nous
nous étions fixées. Ainsi pour
Aigues-Mortes : alors qu’on a
régulièrement
donné la préférence aux formules de
remembrement et qu’on s’est en outre
généralement prononcé pour le
transfert
aux collectivités urbaines des enceintes et des tours, dans
le
cas de cette
ville du Languedoc, la Commission propose de disjoindre la tour de
Constance
pour la laisser à l’État au motif que
c’est
un haut lieu de la mémoire
protestante : ceux-ci n’étant pas très
nombreux,
l’État se doit d’en garder la
responsabilité. En un ou deux cas, les contradictions entre
les
applications
des principes n’ayant pu être
surmontées, la
Commission s’est divisée et a
procédé à un vote qui traduit ce
partage. Tel a
été le cas du Haut Koenigsbourg
: ce monument n’entre manifestement pas dans la rubrique des
résidences des
anciennes dynasties françaises et appartient prioritairement
à la mémoire de
l’Alsace, mais il est aussi le témoin des
vicissitudes qui
affectèrent les
relations entre la France et l’Allemagne. Il a
été
l’objet d’une disposition du
traité de Versailles ; l’État a
consenti pour ce
monument d’importants efforts.
De surcroît, il présente pour l’histoire
des
conceptions en matières de
restauration un intérêt comparable à
celui de
Pierrefonds ou Carcassonne, que
la Commission a proposé de laisser dans le domaine de
l’État. Par ce partage
des voix, la Commission s’en remet donc aux pouvoirs publics.
De ce
qui vient
d’être dit, en particulier de la
priorité dans l’ordre d’exposition que
le rapport a
accordée à cette catégorie,
ce serait une erreur d’inférer que les autres cas
n’ont été réglés
que faute de
trouver des motifs suffisants pour les faire figurer dans la
première
catégorie, alors que pour nombre d’entre eux
l’évidence s’imposait de leur
transfert en fonction de la
- 7 -
position
qui leur
revenait dans la hiérarchie des lieux
de mémoire. Le principe de proximité constituait
une
présomption que les
collectivités et les citoyens entretiendraient mieux les
monuments chers à la
mémoire d’une ville ou d’une
région et
s’emploieraient plus efficacement que
l’État à susciter animation et visite :
ainsi pour
les maisons d’écrivains ou
de personnalités.
L’impératif
de rationalité, conjugué avec le souci de
simplifier la gestion, a inspiré à la Commission
deux
règles de conduite.
Chaque fois qu’elle se trouvait en présence de
sites ou de
monuments qui
dépendaient de plusieurs propriétaires la
préférence a été
donnée aux
solutions
qui permettaient le remembrement. Ainsi avons-nous
généralement proposé le
transfert des tours aux villes qui avaient déjà
la
propriété de l’enceinte :
telles les tours de La Rochelle ou la tour Solidor à
Saint-Malo.
Les deux mêmes
préoccupations ont conduit la Commission à
suggérer aussi le regroupement de
tous les sites archéologiques de même nature
localisés dans une même aire
géographique, de façon à constituer
des
circonscriptions territoriales : ainsi
pour les sites préhistoriques de la vallée de la
Vézère comme pour les sites
mégalithiques de Carnac, de Locmariaquer et de Barnenez.
Les
considérations
proprement financières, (recettes
procurées par les entrées, évaluation
des
coûts d’entretien ou des travaux de
restauration), sans être absentes de notre
réflexion,
n’ont jamais été
déterminantes, pas plus que la distinction entre les
monuments
gérés par le
Centre des monuments nationaux et les autres. Sauf quand il y avait
péril en la
demeure : pour quelques monuments en fort mauvais état ou
dont
le délabrement
requérait un effort financier important le principe de
précaution nous a dicté
de les laisser à la charge de l’État.
En sens
inverse, nous avons classé
quelques monuments dont le sort est gravement compromis dans la
catégorie
transfert
- 8 -
souhaitable
au motif que
c’était sans doute la meilleure
chance d’en assurer le sauvetage.
Pour
tous les monuments
entrés dans le domaine de l’État
à l’initiative de particuliers qui en ont fait don
ou les
ont légués il va de
soi que nos propositions sont subordonnées à un
examen
des clauses de la
donation ou du legs qui indiquera si les transferts sont juridiquement
recevables. Il ne nous appartenait pas de nous prononcer sur les
dispositions
qui figureront dans les conventions que l’État
passera
avec les collectivités
qui accepteront les transferts proposés, mais il
était
pour nous évident
qu’elles devraient garantir que lesdits monuments
n’auraient pas à souffrir du
changement de statut. En plus d’un cas la Commission a
formé le souhait que
puisse s’établir un partenariat entre
l’État
et la ou les collectivités
territoriales.
Au terme
de
l’examen méthodique des quelque trois cents
monuments relevant de votre Ministère, leur
répartition
en trois catégories
donne une légère majorité au
transfert, possible
ou souhaitable. Cette
distribution ne doit rien à des
présupposés : elle
est le pur produit de la
totalisation des décisions prises cas par cas. Avouerais-je
que
ce résultat
nous a surpris ? Il nous a aussi satisfaits car il nous
paraît
conforme à
l’objectif que vous vous proposez de faire de la
décentralisation une réalité
psychologique
autant que juridique.
Dans le
sillage de ses
réflexions, la Commission a formé
deux vœux qu’elle prend la liberté de
soumettre
à votre attention. Si cet
exercice a bien eu pour objectif et raison d’être
d’introduire un peu d’ordre et
de rationalité dans la répartition du patrimoine
entre
l’État et les
collectivités territoriales, la logique de
l’opération n’appelle-t-elle pas un
mouvement symétrique par lequel telle catégorie
de
monuments qui fait
indéniablement
- 9 -
partie
de la
mémoire nationale mais est aujourd’hui
propriété d’une ville ou d’un
département ferait retour à
l’État,
parachevant
la remise en ordre ? Un exemple : pour des raisons de haute politique
autant
que pour leur intérêt historique et architectural,
l’État a décidé de garder
toutes les cathédrales en activité (à
l’exception de celle d’Ajaccio dont la
cession anticipée à la région a
surpris la
Commission), mais nombre d’anciens
édifices religieux qui ont perdu leur caractère
de
cathédrale en raison des
variations de la géographie administrative, ne
présentent
pas moins d’intérêt
pour l’histoire de l’architecture et
l’histoire
religieuse de la France, telles
celles de Noyon ou de Laon.
Le
second vœu est
peut-être plus ambitieux. Si les
critères que nous avons retenus avaient votre approbation et
si,
sous réserve
peut-être de certaines adaptations, les pouvoirs publics
estimaient qu’ils
constituent des repères valables pour la politique
patrimoniale
de l’État,
pourquoi ne seraient-il pas pris en considération par
d’autres administrations
centrales et ne s’appliqueraient-il pas aussi à la
Défense, à la Justice, à
l’Éducation nationale, à la
Santé, à
d’autres encore qui détiennent dans leur
domaine des monuments d’un grand intérêt
?
Ces
dernières
propositions excèdent assurément le champ
de la mission que vous avez bien voulu nous confier : elles
témoignent du vif
intérêt que celle-ci nous a inspiré.
Je vous
prie de bien
vouloir agréer, Monsieur le
Ministre, l’expression de mes sentiments
déférents
et dévoués.
René
RÉMOND
1. Lettre de mission du
23 juillet 2003
2. Composition de la
commission et de son secrétariat
3. Présentation des
tableaux et cartes synthétisant les avis de la commission
4. Synthèse des avis de
la commission (tableau général des monuments et
sites
examinés)
5. Monuments et sites
dont la commission préconise la conservation par l'Etat
(tableau)
6. Monuments et sites
dont la commission préconise le transfert aux
collectivités territoriales
7. Carte générale des
avis de la commission
8. Avis de la commission
concernant les monuments et sites gérés par le
centre des
monuments nationaux
(tableau)
9. Carte relative aux
monuments et sites gérés par le centre des
monuments
nationaux
10. Cathédrales
appartenant à l'Etat et dépendances (liste)
René
REMOND, président de
la fondation nationale des sciences
politiques (président)
Gérard
AUBIN, inspecteur
général de l'archéologie (D.A.P.A.)
Yves
DAUGE, sénateur
d'Indre-et-Loire, maire de Chinon
Bruno
FOUCART, directeur
scientifique de la bibliothèque Marmottan
Yann
GAILLARD, sénateur de
l'Aube
Jean-Marie
JENN, chef du service de
l'inspection générale (D.A.P.A.)
Edouard
LANDRAIN,
député de Loire-Atlantique
Jacques
LEGENDRE, sénateur du
Nord
Jean-Michel
LENIAUD, directeur
d'études à l'école pratique des hautes
études en sciences sociales
Colette
di MATTEO, inspecteur
général des monuments historiques
(D.A.P.A.)
Fançois
MACE de LEPINAY, inspecteur
général des monuments historiques
(D.A.P.A.)
Benjamin
MOUTON, inspecteur
général des monuments historiques
(D.A.P.A.)
Henri
NAYROU,
député
de l'Ariège
Dominique
PONNAU, directeur honoraire
de l'école du Louvre
ONT
EGALEMENT PARTICIPE
AUX TRAVAUX DE LA
COMMISSION
Françoise
BRICCHI, magistrat, chargée de mission
(D.A.G.,
S.D.A.J.)
Michel
CLEMENT, directeur de l'architecture et du
patrimoine
François
GOVEN, sous-directeur des monuments
historiques
(D.A.P.A.)
Isabelle
MARECHAL, sous-directrice des affaires
juridiques
(D.A.G.)
Jean-François
TEXIER, sous-directeur de
l'archéologie (D.A.P.A.)
Christophe
VALLET, président du centre des
monuments nationaux
SECRETARIAT
DE LA
COMMISSION
Herveline
DELHUMEAU, bureau de la programmation et la
diffusion
de
la recherche (D.A.P.A., S.D.A.)
André
DELPUECH, chef du bureau de la programmation
et la
diffusion de la
recherche
(D.A.P.A., S.D.A.)
Virginie
DESANDRE, stagiaire (D.A.P.A., S.D.M.H.)
Sophie
LANNIC, chargée de mission
auprès du directeur de
l'architecture et du
patrimoine
Frantz
SCHOENSTEIN, adjoint au chef du bureau du
patrimoine
immobilier (D.A.P.A., S.D.M.H.)
Françoise
WIERZBICKI, chef du bureau du patrimoine
immobilier
(D.A.P.A., S.D.M.H.)
SYNTHETISANT LES AVIS DE LA COMMISSION
1. TABLEAU
GÉNÉRAL (11 PAGES)
Ce
tableau présente l'ensemble des monuments et sites
examinés par la
commission, qu'ils soient ou non gérés par le
centre des
monuments nationaux,
avec l'avis de la commission et les commentaires qu'appellent cet avis
ou la
situation particulière de l'immeuble concerné
(donations…).
CE
: "conservation par
l'Etat" (monuments et sites
dont la commission préconise la conservation par l'Etat).
TP
: "transfert possible"
(monuments et sites dont la
commission considère que le transfert aux
collectivités
territoriales est
possible)
TS
: "transfert
souhaitable" (monuments et
sites dont la commission considère que le transfert aux
collectivités
territoriales est souhaitable ; en règle
générale,
cette rubrique correspond
aux monuments dont la commission a estimé que
l'intérêt public commande le
transfert, en raison de projets de développement
portés
par les collectivités
territoriales, d'une gestion déjà
confiée aux
collectivités, ou de la
possibilité d'un "remembrement" d'un site partagé
entre
l'Etat et les
collectivités ; toutefois, cette rubrique peut
également
concerner des
monuments dont le transfert aux collectivités semble
souhaitable
au regard des
principes généraux adoptés par la
commission, mais
dont la situation
conjoncturelle peut rendre ce transfert difficile à court
terme
: monument
abritant provisoirement un service de l'Etat, par exemple).
2.
MONUMENTS ET SITES DONT LA COMMISSION PRÉCONISE LA
CONSERVATION
PAR L'ETAT (5
PAGES)
Les monuments et
sites dont la gestion est actuellement
assurée par le centre des monuments nationaux en application
de
l'arrêté du 4
mai 1995 modifié sont repérés par un
"1" dans la
colonne centrale du
tableau.
3.
MONUMENTS ET SITES DONT LA COMMISSION PRÉCONISE LE TRANSFERT
AUX
COLLECTIVITES
TERRITORIALES (5 PAGES)
Les monuments et sites dont
la
gestion est actuellement assurée par le centre des monuments
nationaux en
application de l'arrêté du 4 mai 1995
modifié, et
les six monuments qui sont
propriété propre de cet établissement
public, sont
repérés par un "1"
dans les colonnes centrales du tableau.
Pour les colonnes
"TP" et "TS", se reporter au 1 ci-dessus.
4.
CARTE GÉNÉRALE "AVIS DE LA COMMISSION"
Cette carte dénombre, région par région, l'ensemble des sites et monuments considérés comme à conserver par l'Etat (en rouge) ou comme susceptibles d'être transférés aux collectivités territoriales (en bleu), que ces monuments et sites soient ou non actuellement gérés par le centre des monuments nationaux.
5. AVIS
DE LA COMMISSION CONCERNANT LES MONUMENTS ET SITES
GÉRÉS
PAR LE
CENTRE
DES MONUMENTS NATIONAUX (2 PAGES)
Ce tableau ne recense que les monuments et sites dont la gestion est actuellement confiée au centre des monuments nationaux en application de l'arrêté du 4 mai 1995 modifié.
6.
CARTE RELATIVE AUX MONUMENTS ET SITES GÉRÉS PAR
LE CENTRE
DES
MONUMENTS
NATIONAUX.
Cette carte
transpose, selon les mêmes principes qu'au 4
ci-dessus, les résultats du tableau 5 relatif aux
édifices gérés par le centre
des monuments nationaux.
Synthèse
des avis
de la commission
(tableau général des monuments et sites
examinés)
Région
Commune Dép. Désignation
NORD-Pas
de Calais - 59 - Croix - Villa
Cavrois
Avis
de la commission
TS
(Transfert
Souhaitable)
Commentaire
acquis
par l'Etat pour
sauver le
monument
revue
de
presse :
Nord Eclair –
dimanche 7 et lundi 8 décembre 2003

La Gazette
Nord Pas de Calais –
11 décembre
2003

TRANSFERT DE
COMPETENCES DES MONUMENTS HISTORIQUES
La
surprise du rapport Rémond
Caroline
BEHAGUE
La
commission Rémond, chargée d'établir
une liste de
monuments appartenant à
l’Etat et potentiellement transférables aux
collectivités, a rendu son verdict.
Le transfert a été jugé souhaitable
pour quatre
monuments régionaux, dont ta
villa Cavrois. Un verdict étonnant alors que l'Etat a
acquis, en
2001, le
monument afin de sauver l'édifice de la ruine.
Sur les 377
édifices inscrits ou
classés monuments
historiques en région Nord-Pas-de-Calais, seuls sept d'entre
eux
appartiennent
encore à l'Etat. Ils ne pourraient bientôt en
rester que
trois, selon les
préconisations du rapport Rémond, portant sur la
répartition des monuments
historiques entre les collectivités territoriales et le
ministère de la Culture
dans le cadre de la décentralisation.
Parmi les trois qui
resteraient dans le
giron de
l'Etat : le site archéologique de Thérouanne, la
colonne
de la Grande Armée à
Wimille et l'ancienne église d'Ablain-Saint-Nazaire.
L’Etat, via
le
ministère de la Culture,
restera propriétaire de ses trois sites jugés "relevant
de la mémoire
de la nation, ayant une notoriété internationale
ou
encore pour lesquels l'Etat
a consenti d'importants moyens financiers ou qu 'il a acquis
récemment".
La colonne de la Grande
Armée,
à Wimille, réunit ces
trois critères. C'est à cet endroit que
Napoléon y
distribua, pour la première
fois, la Légion d'honneur à ses "grognards", en
1804.
L'édification
de la colonne commença la même année,
financée grâce à des retenues sur solde
des soldats. De plus, la Direction régionale des affaires
culturelles a entamé,
depuis 2001, des travaux de restauration autour de la colonne et de ses
deux
pavillons. « C'est
un lieu touristique important »,
relève
Jacques Philippon, conservateur régional des monuments
historiques :
« Elle
recevait quelque 14.000 visiteurs par an. Le lieu
a de la
potentialité, notamment grâce au passage des
Anglais, et
l'on pourrait y voir
quelque 25.000 visiteurs par an. »
La villa Cavrois
transférable.
Parmi les transferts
proposés par
la commission, la villa
Cavrois, à Croix. « Cela
constitue une très
grosse surprise pour
nous »,
commente Jacques Philippon. En
effet, la
villa Cavrois
a été acquise par l'Etat en 2001, pour plus d'un
million
d'euros, afin de la
sauver des dégradations incessantes la conduisant
à la
ruine. Ce chef-d'oeuvre
de l'architecte Mallet-Stevens, classé d'office en 1990,
avait
été laissé à
l'abandon par ses anciens propriétaires.
La Direction des affaires
culturelles a
arrêté un
programme de travaux de six millions d'euros, totalement
financés par l'Etat,
qui devraient débuter en début d'année
2004. Cette
réhabilitation devrait
s'étaler pendant deux à trois ans mais
« la
partie centrale de la villa
devrait être ouverte au public fin 2004 ».
Ces
travaux ne portent que
sur l'aspect extérieur de la villa et des travaux
à
l'intérieur pourraient
s'envisager. La proposition de ce transfert est d'autant plus
étonnante que la
communauté urbaine de Lille, qui avait un moment
pensé
à racheter le bâtiment,
s'était, par la suite, désengagée.
Moins
polémique, le transfert
jugé souhaitable du
site antique de Bavay. Depuis décembre 2001, le
département possède et gère le
musée de Bavay, où sont
présentés et mis en
valeur les objets découverts sur le
site après les fouilles archéologiques.
« Le
transfert proposé est
complètement justifié »,
juge
Jacques Philippon. « Cette
gestion à deux têtes est complexe, on a tout
intérêt à simplifier les choses. »
Enfin, le transfert est jugé possible pour la tour de Watten
et
les ruines de
l'ancienne église abbatiale du mont Saint-EIoi.
Photo
AFP / Philippe
Huguen
Légende :
La
villa Cavrois,
construite en 1930 par l'architecte Mallet-Stevens, fut longtemps
à l'abandon,
avant d'être acquise par L’Etat en 2001. Son
transfert
à la CUDL est envisagé.
Nord Eclair –
jeudi 11 décembre 2003

Villa
Cavrois : mystérieuse opportunité
Mystérieuse,
paradoxale mais une
opportunité tout de
même : voilà comment les responsables de
l'association de
sauvegarde de la
villa Cavrois perçoivent la préconisation du
«rapport Rémond». Un document qui
conseille à l'Etat de se délester du monument au
profit
des collectivités.
Juillet
2001,
l'Etat achète la
villa
Cavrois et,
par là même, la sauve de la ruine. Trois ans plus
tard, un
rapport rédigé par
René Rémond pour le ministère de la
culture
conseille à l'Etat d'en transférer
la propriété aux collectivités
locales... Une
nouvelle tombée deux mois à peine
après la création de la commission
René
Rémond (qui consistait à
réfléchir aux
moyens de distinguer parmi les monuments historiques détenus
par
l'Etat ceux
qui doivent en rester la propriété et les autres)
qui
étonne du côté de
l'association de sauvegarde de la villa cavrois.
« Pourquoi
la commission plaide pour le transfert aux collectivités
locales
alors que les
critères de sélection plaident pourtant pour une
conservation ?
»
s'interroge Edouard Fleury, le président de
l’association.
Les critères choisis
pour garder les monuments dans le giron de l’Etat –
notoriété internationale,
appartenance au patrimoine européen, bâtiments
d'âge
plutôt récent, bâtiment
pour lequel l’Etat a consenti d'important moyens financiers,
bâtiment en fort
mauvais état – plaide en effet plutôt en
faveur de
« l’étatisation »
de la villa. Les travaux évalués à 5,7
millions
d'euros et qui vont commencer
début 2004 sont d'ailleurs bel et bien financés
par le
ministère de la culture
et la villa figure toujours bien au rang du patrimoine mondial en
danger...
Malgré
l'étonnement et peut-être un soupçon
d'inquiétude, les amis de la villa ne
veulent pas pour autant faire de polémique. Le tableau dans
lequel figurent les
préconisations relatives à la villa Cavrois reste
lapidaire et mérite plus
d'informations. L'association a d'ailleurs envoyé un
courrier au
ministre
Aillagon pour l'inviter à prendre en compte ses remarques
dans
son examen au
cas par cas des dossiers.
« Si
l’Etat souhaite réellement le transfert, on n'y
voit pas
d'inconvénient, ajoute
M. Fleury, mais si et seulement si l'Etat ne se désengage
pas
totalement et
reste partenaire du projet qui fera vivre ce lieu. Il faudra que l'Etat
garde
un pied financier dans le monument, l'argent c'est le nerf de la
guerre ».
Transfert
d'accord mais pas d'abandon, c'est bien ce que souhaitent les fervents
défenseurs
de la villa Mallet-Stevens. Des personnes qui refusent que la villa
devienne «
un château de la Loire du Nord », une belle villa
sans rien
à l'intérieur. Car
pour l'association, la réhabilitation de
l'extérieur est
indissociable de son
intérieur et de son utilisation future.
Les
collectivités ont déjà beaucoup
été
sollicitées à ce sujet notamment lors des
élections régionales de 98. Là, les
idées
avaient fleuri : musée, villa
Médicis du Nord, agence d'urbanisme et même
siège
de Lille 2004 ! Des projets,
il y en a donc beaucoup, mais pour cela il faudra aux
collectivités des
compétences et des finances...
Amandine
Sellier
Légendes
photos :
(en
bas à gauche) Mais que va-t-il advenir de
l'intérieur ?
Pour l'association de
sauvegarde, il faut sérieusement y penser d'autant plus que
le
bâtiment
pourrait bien rentrer dans le giron des collectivités
locales.
(en
haut à droite) Les entreprises viennent de remettre leurs
propositions :
les gros travaux devraient commencer mi janvier...
Nord Eclair –
vendredi 12 décembre 2003

Dans
la
région, quatre monuments historiques susceptibles
d’être
« décentralisés »
Qui
veut
de la villa Cavrois ?
Dans le cadre de la
décentralisation, l'Etat, qui en
est propriétaire, pourrait proposer aux
collectivités
territoriales le
transfert de quatre monuments historiques du Nord-Pas-de-Calais, parmi
lesquels
la villa Cavrois, à Croix. L'Etat, qui l'a
achetée en
2001, s'est engagé à la
restaurer...
Décentralisation
: le mot est à la mode, et le mouvement est
relancé ; le projet de loi
fait actuellement la navette entre le Sénat et
l'Assemblée nationale. En
juillet dernier, le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, a
demandé à
René Rémond, le président de la
Fondation
nationale des Sciences politiques, de
réfléchir, en commission, à des
« critères
permettant de distinguer,
parmi les 400 monuments historiques appartenant à l'Etat
(dont
87 cathédrales),
ceux qui devraient rester propriété de I'Etat, et
ceux
qui pourraient être
transférés, en pleine
propriété aux
collectivités locales »
La
France est riche de monuments historiques... mais le budget du
ministère de la
Culture n'est pas toujours à la hauteur de cette
richesse !
Outre des
visées purement comptables fort compréhensibles,
l’objectif de la démarche de
Jean-Jacques Aillagon paraît louable : confier aux
collectivités « des
monuments qui participent avant tout d'une logique territoriale, et
améliorer
leur mise en valeur dans le cadre d'une gestion de proximité ».
La commission
Rémond a donc
chaussé ses plus belles
lunettes et sondé les monuments historiques appartenant
à
l'Etat. Le rapport,
remis au ministre à la mi-novembre, suggère que
136
édifices restent dans le
giron de l’Etat. Pour le restant, la commission distingue 84
« transferts
possibles » aux collectivités, et 78
« transferts
souhaitables ». Etant entendu que le transfert
repose sur la
volonté des
collectivités territoriales, et qu'un décret en
Conseil
d'Etat fixera la liste
des monuments qui leur seront proposés...
Accompagnement
financier ?
Le cas de 7 monuments
historiques a
été envisagé dans
le Nord - Pas-de-Calais. L'Etat devrait en garder trois : la
colonne de la
Grande Armée à Wimille (62), le site
archéologique
de Thérouanne (62), et
l'ancienne église d’Ablain-Saint-Nazaire (62).
Deux transferts sont
considérés par la commission
comme « possibles » par la
commission René
Rémond : la tour de
Watten (62), et les ruines de l’ancienne église
abbatiale
à Mont-Saint-EIoi
(62).
Restent deux
« transferts
souhaitables » : le site antique de Bavay,
pour lequel
une convention
de gestion a déjà été
signée avec le
conseil général du Nord en 2001. Un site
qui fait face au musée archéologique
départemental, qu'il a alimenté en
amphores, vases, pièces de monnaie, outils, le tout
provenant de
la cité des Nerviens.
On imagine que ce
transfert pourrait se
faire
aisément, d'autant que la charge financière -
essentiellement en
« fonctionnement » - ne
paraît pas
énorme. Il n'en va pas de même
pour la Villa Cavrois, à Croix, que la commission a
classée aussi en « transfert
souhaitable ».
On le sait, le dossier
est complexe.
Construite en
1932, la villa Cavrois est l'oeuvre de l'architecte Mallet-Stevens. En
1986, la
famille Cavrois l'a vendue à une
société
immobilière. Le site est classé
monument historique en 1990, mais, saccagé,
pillé,
vandalisé, le bâtiment
commence une lente descente aux enfers.
En 1992, le
Département envisage de
la racheter, puis
la CUDL (1998), mais c’est finalement l'Etat qui s'en porte
acquéreur en
juillet 2001 (1,14 ME), pour préserver la villa d'un
naufrage
définitif.
A l'heure qu'il est, le
grand paquebot a
besoin d'une
sérieuse, et très coûteuse, remise
à flot.
La restauration du monument, que
l'Etat s’est engagé à faire (pour 5,7
ME), doit
commencer en janvier. Etonnée,
voire inquiétée par les derniers
développements du
dossier, l’association de
sauvegarde de la villa Cavrois (qui s'est créée
en 1990)
continue de déplorer
la lenteur du processus et l’absence de projet pour le site...
La direction du
patrimoine a certes promis
un
« accompagnement
budgétaire » par
l’Etat en cas de transfert. Cela
suffira-t-il à déclencher les
candidatures ? A
priori, le Département du
Nord n'est plus (maintenant) intéressé...
Antoine
Platteel
Légende
photo : La villa
Cavrois, construite par
Mallet-Stevens : un très beau paquebot longtemps
menacé par un naufrage
dramatique.
La Voix du
Nord –
dimanche 28 et lundi
29 décembre 2003

article
de Christophe
HENNING
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