
© Camard Maison de ventes
ACTUALITE :
Le 17 juin 2003 a eu lieu, à Paris (Hôtel d'Evreux), une vente aux
enchères organisée par Camard & Associés, au cours de laquelle était
proposée la collection Karsten Greve
comptant de nombreux meubles dessinés par Mallet-Stevens
pour la villa Cavrois...
Cette
double provenance (d’une part la collection du couple de galeristes Claudia et Karsten Greve mais plus encore
l’origine des meubles conçus pour la villa Cavrois)
est sans doute à l’origine de l’envolé spectaculaire des prix.
Dans
le catalogue, la documentation précisait l’origine de ce mobilier, par des
photos anciennes montrant les meubles en situation dans la villa. La villa a
manifestement sa place dans le processus de valorisation. Pour ce mobilier, la
mention de sa relation à la villa Cavrois contribue,
dans la distance et dans la durée, à la fixation des prix : et d’abord
parce qu’elle est une garantie d’authenticité.
L'Association a sollicité différents mécènes privés,
malheureusement sans résultat.
Quelques mois avant le démarrage des travaux de restauration du
clos et du couvert, il nous semblait plus qu'opportun, primordial et évident
même !, que l'ensemble des acteurs concernés (musées
nationaux et locaux, DRAC, collectivités locales, mécènes...) se mobilisent
pour tenter d'acquérir le plus grand nombre de pièces, qui auraient pu ainsi, à
terme, retrouver leur place et leur sens dans l'édifice restauré...
Mais,
aucune préemption n’a été prononcée.
Retour sur cette vente…
1 –
Une sélection d’articles parus avant la vente ;
2 –
Des extraits du catalogue ;
3 –
Une sélection d’articles parus après la vente.
1 – Avant la vente, revue de presse :
L'Oeil - n°548 - juin 2003 - page 111

La Gazette de l'Hôtel Drouot - n°23 - 13 juin 2003 - page 29
Extraits : [...] Karsten Greve et son épouse Claudia ont décidé de se séparer du
mobilier garnissant l'appartement d'Auteuil. Au menu donc, une vingtaine de
pièces munies des prestigieuses estampilles de Robert Mallet-Stevens,
Pierre Chareau et Diego Giacometti. Les œuvres du premier, c'est en 1992, à la
galerie l'Arc en Seine, que Karsten Greve en fait l'acquisition. Elles ont pour provenance la
villa Cavrois, construite entre 1929 et 1932 par Mallet-Stevens à Croix, banlieue huppée de Roubaix, pour
l'industriel Paul Cavrois. Cette maison, parfois
appelée "Le Paquebot" est une "demeure pour une famille
nombreuse vivant en 1934 : air, lumière, travail, sport, hygiène, confort,
économie, tel est le programme" décliné par Rob Mallet-Stevens (1886-1945), architecte et décorateur
parisien, ami de Le Corbusier et dont la première construction en 1923 est la
villa du vicomte de Noailles à Hyères. Concepteur de la villa Cavrois "de A à Z", il a pensé et dessiné chaque
pièce dans ses moindres détails, accordant une grande place aux éclairages, à
la polychromie et au confort. Parmi les pièces majeures figurant dans la
collection Greve, on a retenu une coiffeuse en
placage de sycomore et lame de métal à caissons cubiques (100.000/120.000 €,
voir photo), une travailleuse (50.000/60.000 €), de même facture, toutes deux
ayant occupé le boudoir de la villa Cavrois ainsi
qu'une table et six chaises en placage de zingana provenant de la salle à
manger des enfants (100.000/120.000 €) [...] - article de Claire Papon
Le Figaro - 23 mai 2003

Le Figaro - 17 juin 2003

Le
Figaro – Mardi 17 juin 2003
MARCHE DE L’ART Provenant de la villa Cavrois,
sept pièces de l’architecte Art déco aux enchères
Mallet-Stevens, le dandy avant-gardiste
Béatrice de Rochebouët
« Demeure
pour une famille nombreuse. Demeure pour une famille vivant en 1934 : air,
lumière, travail, sports, hygiène, confort, économie. » Le programme
que propose Robert Mallet-Stevens pour la villa
commandée en 1929 par l’industriel roubaisien Paul Cavrois,
à Croix, dans le Nord, sonne comme un manifeste de l'architecture
« moderne ». Cette dernière oeuvre majeure de l’architecte, 2 500 m2
de surface utile, est le résumé de ses idées révolutionnaires prônant la
complémentarité entre architecture, industrie et décoration. Elle est un rare
exemple de commande totale dans l’architecture domestique européenne alliant
raffinement et fonctionnalisme, luxe et avant-garde, matériaux d'hier et béton.
Pour cet immense navire fait d'imbrication de rectangles et conçu quelques
années après la villa Noailles à Hyères (1923-1933) et la maison Paul Poiret à Mézy (1924-1930), Mallet-Stevens
avait créé en 1932 un mobilier tout aussi inventif, aux lignes sobres, mariant
les placages de bois précieux au métal.
Mises en vente par le
galeriste parisien Karsten Greve,
sept pièces de ce mobilier emblématique, toutes des créations uniques parfaites
de finition, sont l’un des moments forts de la vente de Camard & Associés,
ce soir, à l’Hôtel d'Evreux. En avril 1987, Sotheby's avait déjà dispersé une
partie de ce mobilier, notamment celui de « la salle à manger des
enfants » composé d'une table et de six chaises et celui « du boudoir
de Madame » comprenant une coiffeuse en sycomore et lame de métal polie
avec son miroir carré coulissant (220 000 F, soit 40 000 E, elle est
estimée aujourd'hui par la maison Camard 100 000 à120 000 E) et une
travailleuse, sorte de coffre ingénieux avec deux abatants s'ouvrant sur les
côtés et au contre un espace de rangement (100 000 F, soit 15 000 E,
elle est estimée aujourd'hui 50 000 à60 000 E).
En 1992, à son premier
Salon de Mars, la galerie l’Arc en Seine avait exposé ces pièces parmi d'autres
provenant de la même collection française. « A l'époque, il fallait
oser montrer ce mobilier minimaliste pour lequel le goût n'était pas encore
mûr. Ce fut un miracle de le vendre à Claudia et Karsten
Greve pour la maison des frères Martel, un lieu
justement construit par Mallet-Stevens dans l'impasse
qui porte son nom et que le galeriste avait entièrement réhabilitée », se
souvient Rafaël Ortiz, de la galerie l'Arc en Seine.
Les prix ont commencé à grimper seulement à la fin des années 90 avec l'enchère
de 110 300 $ (sans les frais), le 7 juin 1996 chez Christie's à New
York, pour le bureau tout en métal de la villa Noailles à Hyères, estimé alors
au prix ridicule de 7 000 à 9 000 $. Ils se sont confirmés avec le
record de 1,8 MF (neuf fois l'estimation basse), le 22 mai 2000 chez Tajan, pour une table basse en chêne et bois de placage à
épaisse ceinture reposant sur trois grosses boules (achat du marché parisien).
Ils risquent d'exploser
avec la perspective pour 2004 d'une grande rétrospective par le Centre Georges-Pompidou sur « cet architecte
visionnaire et prolifique, dont toutes les archives (en dehors de celles
données par sa femme au Musée des arts décoratifs) ont brûlé, et qui s'est
impliqué aussi dans la décoration intérieure et le cinéma avec Marcel L'Herbier (il a fait les décors de L'inhumaine), la partie la
plus méconnue de son œuvre », explique le conservateur de Pompidou,
Olivier Cinqualbre. Idéalement, on aimerait voir
revenir ce mobilier dans ses murs. Si l’agonie de la villa Cavrois,
classée monument historique en 1990, semble stoppée depuis son rachat par
l’Etat (7,5 millions de francs) en 2000, son avenir reste incertain (nos
éditions du 8 septembre 2000).
« L’Etat a bien fait clôturer la
propriété pour éviter le vandalisme et couvert le toit pour éviter les
infiltrations d’eau, mais on attend pour l'année 2004 la remise en état du
grand salon et du hall. Des appels d'offre auraient été lancés au niveau européen
mais sans certitude. L’Etat nous a fait un courrier
pour chercher un repreneur », s'inquiète M. May, vice-président de
l’association pour la sauvegarde de la villa, qui se bat, avec ses maigres
cotisations, pour la survie de ce chef-d'oeuvre de Mallet-Stevens
(amputé d'une partie de son parc) depuis qu'il a été revendu en 1987 à une
compagnie immobilière. Bien que la villa ait été classée, l’État n'avait jamais
réussi à contraindre les propriétaires à entretenir la demeure. L’Etat saura-t-il cette fois se mobiliser pour ne pas laisser
partir ce mobilier indissociable d'un lieu et d'une époque ?
Hôtel d'Evreux, 19, place
Vendôme, 75001 Paris; ce soir à 19 heures.
2 – Extraits du catalogue :














3 – Après la vente, revue de presse :
Le Journal des Arts – n°174 – du 27 juin
2003

Mallet-Stevens couronné
L’esprit UAM à l’avant-garde des enchères
Le 17 juin, la vente de
prestige d'arts décoratifs du XX siècle de la maison de ventes Camard a
totalisé près de 4 millions d'euros à l'hôtel d'Évreux, à Paris. La tendance
Art déco moderniste y a triomphé, en particulier Mallet-Stevens,
qui a remporté des enchères records.
PARIS. L'esprit UAM (Union des artistes
modernes) de Robert Mallet-Stevens a été porté au
pinacle le 17 juin à l'hôtel d'Évreux. Les meubles provenant d'une importante
villa construite par l'architecte près de Roubaix, la villa Cavrois
(1929-1932), ont triomphé bien au-delà des espérances. Énorme atout pour ces
pièces : une provenance parfaite, à laquelle s'ajoute le passage par une
autre villa construite par Mallet-Stevens pour les
frères Martel, rue Mallet-Stevens, près de Roland-Garros, dans le 16e arrondissement de Paris. Cette
dernière a été acquise au début des années 1990 par les galeristes allemands
Claudia et Karsten Greve.
En 1992, le couple a acheté à la galerie Arc en Seine le mobilier proposé à
l'hôtel d'Évreux. La coiffeuse du boudoir de madame, rigoureuse composition
géométrique de pans de sycomore et de lames de métal poli, a atteint
377 355 euros, trois fois l'estimation. Cette performance est d'autant
plus remarquable que ce meuble, passé en vente chez Sotheby's en avril 1987,
était parti à l'époque pour environ 40 000 euros. Deux paires de sièges,
une paire de chauffeuses et une paire de fauteuils ont affiché, pour chacun de
ces trois ensembles, 58 970 euros, le double de l'estimation. La table de
salle à manger, au bois clair zébré de brun, avec piétement à claire-voie ancré
sur un socle d'aluminium, accompagnée de ses six chaises, a été adjugée
148 655 euros, 10 000 de plus que l'estimation haute. Emporté par
cette vague d'enchères, un portemanteau mural en lame de métal provenant non
pas de la villa Cavrois mais de la collection
Souillac, est parti à 42 458 euros. Ce modèle se vend habituellement entre
10 000 et 12 000 euros. La cote de Mallet-Stevens
est en progression constante depuis 1996, date à laquelle Christie's a donné le
départ de cette folle course en vendant 110 300 dollars le bureau en métal
de la villa Noailles à Hyères, glorieusement estimé 9 000 dollars. Malgré
ces records, les experts prédisent un maintien des prix, d'autant plus qu'une
exposition dédiée à l'oeuvre de l'architecte est prévue à Beaubourg pour 2005.
Autre succès du mobilier
moderniste lors de cette vente : les 51 893 euros pour un lutrin
minimaliste en aluminium une création d'Eckart Muthesius
pour le palais du maharadjah d'Indore. Estimé quatre fois moins, il était
disputé par deux grands collectionneurs de mobilier de cette provenance.
Ces prix records ont éclipsé les autres bons résultats de la vente,
la principale surprise étant réservée aux créations de la maison Dominique. Le
meilleur prix, 106 150 euros, a récompensé une grande commode galbée
gainée de galuchat. Les meubles moins onéreux ont dépassé fréquemment leurs
estimations, à l'exemple d'une coiffeuse en placage de palissandre au sous-main
gainé de galuchat, vendue 18 870 euros contre 9 200 euros
d'estimation haute. Pour le mobilier de RuhImann, la
meilleure enchère de 348 770 euros a fait honneur à deux sobres et
élégants chiffonniers en placage de bois de violette. Vendus ensemble, ils
étaient estimés entre 100 000 et 200 000 euros chacun. Un secrétaire
en acajou plaqué et une coiffeuse en placage de loupe d'amboine,
ponctués d'ivoire et signés Ruhlmann, n'ont pas trouvé preneur. Ces pièces,
estimées respectivement 120 000 euros et 60 000 euros, auraient
déchaîné les passions il y a cinq ans.
Louis Delaume
et Elise Le Bel
La Gazette de l’Hôtel Drouot – n°25 – 27
juin 2003

Adjugé à Paris
Mallet-Stevens, I'U.A.M.
triomphe
380 945 E frais compris. Robert Mallet-Stevens.
Coiffeuse en placage de sycomore et lame de métal
polie. Vers 1932. Collection Claudia et Karsten Greve.
110 x 112,5 x 54 cm (mardi 17 juin, hôtel
d’Évreux, Camard & Associés SVV).
La dispersion de la collection du couple de
galeriste Claudia et Karsten Greve
rapportait 1 206 000 E (21 lots vendus sur 28, 1 non présenté).
Constituée au début des années 1990 pour meubler leur appartement situé dans la
maison des frères Martel, construite par Robert Mallet-Stevens,
elle permet aujourd'hui de voir triompher les créations de cet architecte. 7
pièces possèdent un caractère historique, puisque provenant de la villa Cavrois, la demeure privée la plus vaste entièrement conçue
par Mallet-Stevens. Un autre meuble de cette villa,
une bibliothèque ne provenant pas de la collection Greve,
fût adjugé 65 000 E, portant à 8 pièces cet ensemble qui totalisait
920 000 E, soit plus du double des estimations hautes. La vedette revenait
–330 000 E, estimation triplée– à la coiffeuse qui ornait jadis le boudoir
de la villa (voir reproduction). Lors de la vente d'une partie du
mobilier de la villa Cavrois, chez Sotheby's en avril
1987, ce meuble était parti pour 220 000 F (environ 43 000 E en
valeur réactualisée). Il était suivi, à 220 000 E, par la travailleuse en
sycomore et métal ornant le même boudoir ; elle était estimée au plus haut
60 000 E. Restons dans le boudoir avec, a 50 000 E, une paire de
chauffeuses aux lignes géométriques affirmées et, pour le même prix, avec une
paire de fauteuils tout aussi fortement architecturés. Pour la paire de
tabourets à assise curule en bois laqué crème, provenant de la salle de bains
des parents, il fallait aller à 30 000 E. La table et les 6 chaises ayant
meublé la salle à manger des enfants étaient les seules, avec 130 000 E, à
se conformer à leur évaluation, ne dépassant que de 10 000 E l'estimation
haute. Cet ensemble est en placage de zingana, la table au piètement à
claire-voie reposant sur une base plaquée de feuilles d'aluminium.
La cote d'autres pièces de Mallet-Stevens
ne provenant ni de la collection Greve, ni de la
villa Cavrois était également tirée vers le haut. Une
paire de chenets à l’avant formé de 2 épais disques imbriqués à angle droit,
l'un noir, l'autre nickelé, grimpait à 90 000 E, sur une estimation de
38 000 /45 000 E. Un portemanteau mural en métal patiné noir et
poli à trois patères, provenant de la collection Greve,
se négociait 36 000 E ; il fût acheté, dans la vente de la collection
Michel Souillac en 1993 (Paris, Poulain, Le Fur), 44 000 F (environ
6 700 E). En décembre 2002, un exemplaire à quatre patères se hissait à
8 500 E (Paris, Artcurial, Briest,
Poulain, Le Fur SVV).
Les Grève avaient également du mobilier de Pierre
Chareau. Le porte-plante, modèle PF 35, acquis
à la même vente Souillac pour 72 000 F (environ 11 000 E),
recueillait 16 000 E. La fameuse petite table en métal noir à 2 tablettes
éventails pivotantes cotait ce soir 35 000 E.
Quittons la collection Greve
pour un lutrin provenant d'une illustre demeure contemporaine de la villa Cavrois, le palais du maharaja d'Indore. Il quadruplait son
estimation pour afficher 44 000 E. Réalisé en aluminium, il est l'oeuvre
de l’architecte du palais, Eckart Muthésius.
S.A.
Extrait du site gazette-drouot.com
Mardi 17 Juin
Hôtel d’Evreux 19,
place Vendôme, 20h30
<
photo >
380 945 euros frais compris. Robert Mallet-Stevens. Coiffeuse en placage de sycomore et lame de métal polie. Vers 1932. Collection Claudia et Karsten Greve. 110 x 112,5 x 54 cm.
arts décoratifs
Les arts décoratifs du XXe siècle récoltaient 4 077 185 euros frais compris durant cette soirée de vente. Les deux grandes tendances de l'entre-deux-guerres étaient représentées : d'un côté l'esprit décoratif, dont l'exposition de 1925 était le reflet, de l'autre celui plus épuré qui trouvera sa concrétisation en France en 1929 avec la fondation de l'U.A.M. (Union des artistes modernes). Ce dernier axe triomphait ce soir, trouvant le renfort d'une double provenance, d'une part la collection du couple de galeriste Claudia et Karsten Greve (voir Gazette n° 23, page 29), et d'autre part, à travers elle, la maison Cavrois, la plus ambitieuse réalisation de Robert Mallet-Stevens. La dispersion de la collection du couple de galeriste Claudia et Karsten Greve rapportait 1 206 000 euros (21 lots vendus sur 28, 1 non présenté). Constituée au début des années 1990 pour meubler leur appartement situé dans la maison des frères Martel, construite par Robert Mallet-Stevens, elle permet aujourd'hui de voir triompher les créations de cet architecte. 7 pièces possèdent un caractère historique, puisque provenant de la villa Cavrois, la demeure privée la plus vaste entièrement conçue par Mallet-Stevens. Un autre meuble de cette villa, une bibliothèque ne provenant pas de la collection Greve, fut adjugé 65 000 euros, portant à 8 pièces cet ensemble qui totalisait 920 000 euros, soit plus du double des estimations hautes. La vedette revenait -330 000 euros, estimation triplée - à la coiffeuse qui ornait jadis le boudoir de la villa. Lors de la vente d'une partie du mobilier de la villa Cavrois, chez Sotheby's en avril 1987, ce meuble était parti pour 220 000 F (environ 43 000 euros en valeur réactualisée). Il était suivi, à 220 000 euros, par la travailleuse en sycomore et métal ornant le même boudoir ; elle était estimée au plus haut 60 000 euros. Restons dans le boudoir avec, à 50 000 euros, une paire de chauffeuses aux lignes géométriques affirmées et, pour le même prix, avec une paire de fauteuils tout aussi fortement architecturés. Pour la paire de tabourets à assise curule en bois laqué crème, provenant de la salle de bains des parents, il fallait aller à 30 000 euros. La table et les 6 chaises ayant meublé la salle à manger des enfants étaient les seules, avec 130 000 euros, à se conformer à leur évaluation, ne dépassant que de 10 000 euros l'estimation haute. Cet ensemble est en placage de zingana, la table au piètement à claire-voie reposant sur une base plaquée de feuilles d'aluminium.
La cote d'autres pièces de Mallet-Stevens ne provenant ni de la collection Greve, ni de la villa Cavrois était également tirée vers le haut. Une paire de chenets à l'avant formé de 2 épais disques imbriqués à angle droit, l'un noir, l'autre nickelé, grimpait à 90 000 euros, sur une estimation de 38 000/45 000 euros. Un portemanteau mural en métal patiné noir et poli à trois patères, provenant de la collection Greve, se négociait 36 000 euros ; il fut acheté, dans la vente de la collection Michel Souillac en 1993 (Paris, Poulain, Le Fur), 44 000 F (environ 6 700 euros). En décembre 2002, un exemplaire à quatre patères se hissait à 8 500 euros (Paris, Artcurial, Briest, Poulain, Le Fur SVV).
Les Grève avaient également du mobilier de Pierre Chareau. Le porte-plante, modèle PF 35, acquis à la même vente Souillac pour 72 000 F (environ 11 000 euros), recueillait 16 000 euros. La fameuse petite table en métal noir à 2 tablettes éventails pivotantes cotait ce soir 35 000 euros.
Quittons la collection Greve pour un lutrin provenant d'une illustre demeure contemporaine de la villa Cavrois, le palais du maharaja d'Indore. Il quadruplait son estimation pour afficher 44 000 euros. Réalisé en aluminium, il est l'oeuvre de l'architecte du palais, Eckart Muthésius).
Mais intéressons-nous ici plus particulièrement à l'art
déco. Le pape de ce mouvement, Jacques-Émile Ruhlmann
remportait 305 000 euros sur la réunion d'un secrétaire et d'un semainier Francell, présentés au Salon des artistes décorateurs de
1930. Ces meubles en placage de bois de violette, travaillé en minces bandes,
forment quasiment une paire, leurs mensurations étant identiques (H. 110,7 cm
L. 40 cm p. 33 cm). Ils se différencient seulement par leur ouverture en façade
: d'un côté 4 tiroirs et un abattant, de l'autre 7 tiroirs. Ce mobilier, des
pièces uniques, a été conçu pour la spectaculaire loge de Jacqueline Francell. Cette même année, elle triomphe au théâtre des Bouffes-Parisiens dans l'opérette Flossie
dont elle interprète le rôle titre. « Adroite chanteuse, bonne danseuse, elle
sait aussi faire valoir le texte qu'on lui confie. Et elle paraît si contente
d'être sur scène ! », écrit d'elle Jacques Marteaux.
Penchons-nous sur une autre vedette de la vente, moins attendue, la maison
Dominique, tenue par les deux compères André Domin et
Marcel Chenevrière. La lampe et les 9 pièces de
mobilier totalisaient 252 000 euros sur des estimations hautes ne dépassant pas
137 000 euros. Le seul meuble à se conformer à son estimation haute, 90 000
euros, était une commode galbée, entièrement gainée de galuchat poncé ivoire
(l. 181,5 cm), ouvrant par 2 portes sur un intérieur en sycomore. 2 paires de
fauteuils en noyer massif apparent, à dossier gondole à pans coupés, chacune
étant estimée 4 500 euros, montaient respectivement à 20 000 et 24 000 euros.
Paul Dupré-Lafon était vivement combattu. Une paire
de fauteuils à dossier bas à assise profonde et à 4 pieds formés par des
réceptions d'angles débordantes et arrondies en chêne massif sablé quadruplait
son estimation pour atteindre 60 000 euros. Quelques numéros plus loin, à 110
000 euros, estimation légèrement dépassée pour une table basse de salon du même
en chêne massif décoloré et cérusé blanc à plateau gainé de 3 panneaux de cuir
bleu sombre (185 x 52 cm). Le piètement est formé de 2 blocs de bois massif,
chacun étant posé sur deux lames de métal noirci.
Camard & Associés, SVV - Tél. 01.42.46.35.74
Epilogue… (décembre 2003)
Le 9 décembre 2003, deux autres meubles provenant de la
villa Cavrois, mais non proposés lors de la vente du
17 juin, étaient à nouveau vendus par la maison Camard…
Une paire de fauteuils provenant de la chambre des parents
était adjugée cinq fois l’estimation haute, mais une table de la même pièce ne
trouvait pas preneur.

publicité parue dans la Gazette de l’Hôtel
Drouot, n°43 – 5 décembre 2003

La Gazette de l’Hôtel Drouot, n°45 – 19 décembre 2003
Extrait du site gazette-drouot.com
Salle 16 - 9, rue
Drouot, 14h30
<photo>
300 900 euros frais compris
Eileen Gray (1879-1976), fauteuil
Bibendum, tube de métal chromé, toile d’origine ivoire.
arts décoratifs du
XXe
Cette vente était
dominée par les 260 000 € obtenus par un fauteuil Bibendum d'Eileen Gray. Record à 260 000 € pour ce fauteuil
Bibendum d'Eileen Gray, estimé au plus haut 120 000
€. En nommant ainsi son fauteuil, en référence à la mascotte de Michelin, Eileen Gray montre qu'elle savait manier l'humour et
l'ironie. C'est à partir de 1926, alors qu'elle conçoit et construit sa
première maison à Roquebrune, E. 1027, qu'elle
délaisse les matières précieuses de ses créations antérieures (voir Gazette n°
44 page 52) pour s'intéresser au métal tubulaire. À
l'achèvement des travaux en 1929, deux icônes de la modernité, le Transat et le
Bibendum, trônent dans la villa. Une paire de Bibendums s'en va rejoindre sa
boutique parisienne, « Jean Désert ». Elle est vendue à une de ses anciennes
clientes, madame Mathieu Lévy, propriétaire de la maison de couture « Suzanne
Talbot ». En 1923, Eileen Gray a réalisé l'entière
décoration de son appartement de la rue Lota. Les
Bibendums figurent en bonne place dans l'appartement restructuré au début des
années 30 par Paul Ruaud. En 1930, « Jean Désert »
est fermé. Une autre paire de Bibendums est vendue à madame Tachard,
fondatrice de « Suzanne Talbot », une troisième allant dans le salon d'Eileen Gray, au 21 de la rue Bonaparte. Cette première
édition se distingue des postérieures par quelques détails : l'usage de la
toile plutôt que du cuir, des boudins superposés sur le même plan plutôt que
légèrement décalés, le double disque cousu en avant plutôt que de manière
indépendante. Le seul autre résultat disponible pour ces sièges est de 19 818 €
pour une paire de Bibendums en toile ivoire, adjugée en avril 1997 à Drouot-Montaigne (étude de Quay-Lombrail).
Leur prix unitaire soldé au moment de la fermeture de « Jean Désert » était de
2 200 F (1 040 € en valeur réactualisée). Un bon investissement!
Le 17 juin dernier
triomphait le mobilier dessiné par l'architecte Robert Mallet
Stevens pour la villa Cavrois à Croix (1932) et
provenant de la collection Claudia et Karsten Greve (voir Gazette n° 25, page 40). Cette fois-ci, une
paire de fauteuils, qui était dans la chambre des parents de cette villa,
montait à 55 000 €, cinq fois l'estimation haute. Ils sont en placage de
bois de palmier. Le dossier et l'assise en tissu forment un L encadré par des
accoudoirs plats s'appuyant sur les pieds antérieurs droits à sabot de laiton
patiné, les pieds postérieurs partant en biais. Juste avant, la table de la
même pièce, estimée entre 18 000 et 23 000 €, ne trouvait pas
preneur. […]
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